Destiny DB Tracker Network
Click here to goto our Destiny new 2 DB!

Les Tomes du malheur - Ennemis Grimoire

I : Prédateurs

I : Prédateurs 5

Verset 1:1 — Prédateurs

Prédateurs et menaces —
Gravé par Xi Ro pour perdurer —
Troisième sœur encore en vie de la dernière génération du Roi d'Osmium —

NUÉE D'EXTASE. Une nuée d'extase est un nuage vivant. Quand elle survole notre continent, elle abaisse ses tentacules d'ingestion. Sur chaque tentacule, il y a des ÉTOILES D'APPÂT. Même si la lumière est censée rendre heureux, il ne faut pas la toucher, sinon on se fait manger.

Une nuée d'extase est une bonne manière de mourir pour les personnes âgées. Sinon, un chevalier courageux peut couper les étoiles d'appât des tentacules. J'en ai six !

TOMBER. Si vous tombez du bord du continent, vous mourrez dans l'océan ! C'est surtout un risque quand notre père, le Roi d'Osmium, utilise les moteurs.

LES BUVEURS D'HÉLIUM. Les courants de l'Océan du Principe nous rapprochent des autres continents. La Cour de l'Hélium est près d'ici, actuellement. Nous sommes de la même espèce, mais ce sont nos ennemis. Leurs chevaliers nous attaquent tous les jours. Les Buveurs d'Hélium ont deux bras, deux jambes et trois yeux, comme nous. Mais ils sont brillants et maléfiques. Je veux devenir chevalier et les combattre !

L'ambassadeur des Buveurs d'Hélium a mangé dix de mes sœurs en tant que tribut. C'est normal. Mais je n'aime pas ça.

MÈRES. Les mères peuvent voler ! Elles vivent bien au-delà de dix ans. Elles sont extrêmement intelligentes et elles défendent leur progéniture. Elles mangent tous ceux qui tentent de s'approcher de leurs œufs. Sathona dit qu'elle mangera la gelée et qu'elle deviendra une mère quand elle aura quatre ans.

TEMPÊTES. La pluie est souvent empoisonnée. Elle dissout parfois la chair. Quand la foudre ne tombe pas sur la ferme énergétique, elle peut vaporiser quelqu'un.

Pour nous, le monde entier est meurtrier.

MYSTÈRES. Le Principe est énorme. Nous sommes les plus petites des choses qui s'y trouvent. Tout ce que nous ne comprenons pas menace de nous tuer. Taox, mon instructrice, m'a expliqué que c'est la raison pour laquelle nos vies sont si courtes. Pour que nous puissions nous multiplier et nous adapter rapidement.

VAGUE DES LUNES. Ma sœur Aurash a peur de la vague des lunes. Quand elle reviendra de son expédition aux Monolithes de Tungstène, je lui demanderai pourquoi.

II : Le verset de la haine

II : Le verset de la haine 5

Verset 1:2 — Le verset de la haine

À la bienveillante attention de la Cour d'Hélium,
je remets ce secret scellé,
rédigé dans le désespoir.

Je suis Taox, la mère inféconde, l'instructrice des enfants du Trône d'Osmium.

En tant que mère, ma vie est longue. Stérile, je peux m'élever au-dessus des chicaneries des politiques d'alcôves.

Je suis la seule à distinguer les contours de la survie. J'ai conçu seule les moteurs qui meuvent la Cour d'Osmium. À présent...

Je dois agir seule pour sauver mon royaume.

La sénilité s'est emparée de mon seigneur, le Roi d'Osmium. Il a dix ans et il est fou. L'étude des textes anciens le consume. Un jour, il s'extasie sur les lunes qui se trouveraient au-dessus de la tempête. Le lendemain, il erre dans les corridors en devisant avec son animal de compagnie, un ver des abysses aussi mort que blanc. Il le conserve sous verre et il s'en occupe longuement au lieu de remplir ses devoirs royaux.

Le Roi d'Osmium a trois héritières survivantes, toutes âgées de deux ans :

Xi Ro, la plus jeune et la plus brave, qui souhaite devenir chevalier.

Sathona, la plus intelligente, qui veut être mère.

Aurash, la navigatrice, qui rêve de l'océan infini. Elle reviendra demain des Monolithes de Tungstène.

Aucune d'elles n'est une héritière convenable, capable de protéger la Cour d'Osmium du Principe hurlant. Xi Ro sait se battre, mais pas diriger. Sathona sait réfléchir, mais pas combattre. Aurash est trop curieuse pour rester sur la voie du devoir. J'ai crainte pour tous les enfants à venir.

Bientôt, le Roi d'Osmium s'enfermera dans le Planétaire royal pour étudier les lunes. Rassemblez vos chevaliers, ô Buveurs d'hélium, et envahissez notre continent. Tuez les trois héritières. Je gouvernerai la Cour d'Osmium en tant que régente à vos ordres, et je construirai des moteurs pour vous.

Et si j'échoue, que le Léviathan m'engloutisse dans les profondeurs.

Dans l'espoir que vous parvienne cette haineuse requête,
écrite dans la colère.
Taox, mère d'Osmium, stérile et vigilante

III : Le serment

III : Le serment 5

Verset 1:3 — Le serment

Mes sœurs ! C'est ainsi qu'on prête serment. Posez votre main gauche sur le Mât, près de la mienne.

Prenez un coutelas dans la main droite. Poussez-en la lame à travers la main gauche, entre les ossements. Allez-y ! Gravez une ligne de sang le long du Mât.

Prononcez les mots de votre serment.

« Je suis Xi Ro, plus jeune fille du roi défunt. Je reprendrai la Cour d'Osmium et je tuerai Taox pour sa traîtrise. Sur mon œil gauche, je jure de me venger. »

Le serment est scellé dans le sang.

« Je suis Sathona, sœur puînée du roi mort. Je reprendrai ma patrie et mangerai la gelée de la mère. J'élèverai ma progéniture sur le cadavre du Roi d'Hélium. Sur mon œil droit, j'en fais la promesse. »

Le serment est scellé dans le sang.

À présent...

« J'aiderai à honorer le serment, ma sœur. »

« J'aiderai également. »

Je suis Aurash, fille aînée du roi mort. Je traquerai ce dont mon père, dans son dernier cri, m'a averti. Je découvrirai ce qui a modifié le mouvement de nos lunes. Si la fin de ce monde approche bel et bien, je comprendrai pourquoi.

Sur mon œil central, j'en fais la promesse. Je trouverai la vérité.

« Le serment est scellé dans le sang. »

« Dans le sang. »

Merci, mes sœurs. Il ne nous reste que mon vaisseau. Mais un vaisseau suffit à assurer la liberté ! Nous avons des secrets à chasser, des royaumes brûlés par la foudre à explorer et de grandes armées à lever.

Déployez les voiles de lumière et nos voyagerons loin.

IV : La syzygie

IV : La syzygie 5

Verset 1:4 — La syzygie

La syzygie —
Gravé par Aurash pour perdurer —
L'ultime vengeance —

Nous n'avons pu nous échapper que grâce aux étoiles d'appât de Xi Ro. Nous n'avons pu atteindre la côte que grâce aux astuces de Sathona. Mais maintenant que nous avons mon navire, je dois montrer la voie. Car je suis la navigatrice.

Nous ne reverrons peut-être jamais notre foyer. Xi Ro écume de rage envers Taox.

Mais voici ma peur la plus profonde...

Notre civilisation dérive à la surface du Principe. Aux Monolithes de Tungstène, j'ai appris que des milliers d'autres espèces dérivent avec nous, coexistant dans un vaste monde maritime. Et ce sont les ressacs du Principe qui nous meuvent tous.

La Vérité Fragile dit que nous sommes les plus frêles et les plus périssables des créatures. La proie naturelle de l'univers tout entier. Taox veut nous faire croire que nos ancêtres sont venus jusqu'au Principe pour se cacher de la voracité du néant.

Mon père est mort dans la peur. Pas de la main vile de Taox ni sous les coups des Buveurs d'Hélium, mais des mystères de son Planétaire. Il a crié vers moi...

« Aurash, mon aînée ! Les lunes sont différentes ! Les lois naturelles ont plié ! »

Et il a esquissé le signe d'une syzygie.

Imaginez les cinquante-deux lunes du Principe s'alignant dans le ciel. (Cela ne requerrait pas les cinquante-deux lunes, bien sûr, quelques-unes parmi les plus grosses, c'est tout. Mais c'est ma plus grande peur.) Imaginez leur gravité tirant sur la mer du Principe, la soulevant dans une immense vague...

Imaginez que cette vague s'effondre après la syzygie. Un raz-de-marée suffisant pour engloutir des civilisations. La Mère de toutes les vagues.

Il faut que je trouve le moyen de l'empêcher, avant que la Mère des vagues n'annihile tous les peuples. Si seulement je pouvais accéder au Planétaire de mon père, je pourrais calculer le moment précis de sa survenue !

Des semaines de voyage et bien des continents nous séparent encore de chez nous.

Lorsque la peur me paralyse, Xi Ro s'assoit dans la cabine avec moi et me dit des mots braves et tendres pour me consoler. Mais nous avons de plus en plus souvent besoin de nous appuyer sur l'intelligence de Sathona. Elle s'isolera (elle insiste pour être seule) et reviendra avec une idée folle : virer dans la tempête, lancer un filet, manger cette bête étrange, explorer cette épave menaçante.

Sathona semble fabriquer la chance par sa seule volonté.

V : L'aiguille et le ver

V : L'aiguille et le ver 5

Verset 1:5 — L'aiguille et le ver

Mes secrets —
Gravé dans mon code par Sathona —
L'œil droit de la vengeance —

1. Cette année d'errances sauvages, ces nuits de foudre et ces jours d'or, ces plongées dans les épaves oubliées et ces monstres fuis dans une rafale : ce sont les heures les plus heureuses de mon existence.

2. Je veux être mère, non parce que je veux engendrer, mais parce que je veux vivre longtemps. Assez longtemps pour changer les choses. Nous sommes sur mer depuis un an et j'ai peur que nous n'y mourions.

3. Je sais où trouver des secrets. Je sais où trouver des êtres lents et immenses aux souvenirs immémoriaux.

4. Le vaisseau aiguille...

Le vaisseau aiguille —
Gravé dans mon code par Sathona —
Un mensonge —

1. Nous avons récupéré l'aiguille dans le Maelström de Shvubi. Je savais qu'elle serait là.

2. L'aiguille est un navire gris, long et fin comme l'espoir, inaltérable comme le temps, et vieux. Plus vieux que la mort. Il est tombé dans le Maelström avant que nos ancêtres ne se soient écrasés sur le Principe. Ce n'est pas un bateau, comme le navire d'Aurash. C'est une relique de très haute technologie.

3. Je sais ce qu'il venait faire. Je sais ce qui est arrivé à son équipage.

4. Xi Ro veut vendre le navire à l'Atoll de Kaharn, là où se croisent toutes les races. Aux enchères, il nous rapporterait assez pour engager des mercenaires. Nous pourrions reprendre la Cour d'Osmium et noyer ces éventreurs d'enfants que sont les Buveurs d'Hélium dans les profondeurs de l'océan...

5. ...mais j'ai dit à Xi Ro que le navire ne valait rien.

6. Aurash veut ouvrir le navire et voir si nous pouvons en prendre les commandes. Je sais que c'est ce que nous devons faire. Je le sais parce que j'ai interrogé le ver...

Le ver —
Gravé dans mon code par Sathona —
Qui devrait avoir peur —

1. C'était l'animal de compagnie de mon père. Je le lui ai arraché au moment de notre fuite. C'est une chose blanche, morte, segmentée, délavée par les profondeurs marines.

2. Il est mort, mais il me parle encore. Il dit : écoute, écoute bien, ô toi ma vengeance...

VI : Les sœurs

VI : Les sœurs 5

Verset 1:6 — Les sœurs

Registre des offrandes et des gestes échangés avant la fin de l'union des sœurs.

« Xi Ro, ma brave sœur, tu as suffisamment trimé à déplacer les carcasses de la salle des couveuses ! Viens. Prends la barre pour un temps. Profite de ce dont notre aiguille est capable. »

Xi Ro essaya de protester, mais au fond d'elle, elle se réjouissait des attentions d'Aurash. Elle conduisit le vaisseau-aiguille en cercles étroits dans les profondeurs de la mer et leur sillage jaillissait jusqu'à la surface comme le souffle d'un traître agonisant.

« Aurash, navigatrice solitaire, nous avons trop longtemps voyagé sans avoir nul autre que nous trois. Je sais que tu aimes entendre de nouvelles langues et les parler. Viens, prends place dans la serre des chairs. Je vais te lire les histoires que j'ai achetées à Kaharn. »

Aurash prit place entre les dais de chair momifiée, les yeux clos, et écouta en silence les histoires de Sathona. Elle désirait ardemment comprendre et savoir tout ce qui pouvait être su avant que ses dix années de vie ne s'achèvent.

Plus tard, Xi Ro dit : « Sathona, riche esprit de notre famille, tu t'isoles dans le monde de tes pensées. Viens jouer à épées et lanternes avec moi ! »

Mais Sathona était lourde de chagrin et ne pouvait simuler la joie tandis qu'elle chassait Xi Ro dans les coursives luisantes de l'aiguille.

« Sathona, ma sœur pensive, qu'y a-t-il ? Pourquoi es-tu préoccupée ? »

Ses sœurs écoutèrent tandis que Sathona leur répondait : « Mes sœurs à qui je suis liée par le serment, nous avons cinq ans. Pendant deux années, nous avons travaillé pour réparer cet ancien navire et comprendre ses mécanismes. Je suis presque trop vieille pour pouvoir manger la gelée de la mère et les chevaliers qui ont tué notre père meurent probablement de vieillesse.

Nous trois allons mourir ici, en exil. Taox nous survivra. Et Aurash, Aurash aux yeux brillants, tu mourras de vieillesse bien avant d'avoir eu la preuve de la survenue de ta Vague mère ou d'avoir appris comment l'empêcher. »

Aurash et Xi Ro se regardèrent. « J'aimerais parfois que tu ne fusses pas si honnête », dit Xi Ro. Et Aurash se fit la réflexion que Sathona n'avait jamais tort.

Au fond de son âme, Aurash savait que le seul moyen de tenir son serment était d'exhumer un grand et puissant secret. Un secret qui pourrait tout changer. C'était l'âme d'Aurash, son feu et son ombre, son désir d'ouvrir le flanc du monde pour plonger la main jusqu'à son cœur palpitant.

« Nous devons plonger, dit Aurash. C'est pour cela que ce navire est conçu. Pour plonger dans le Principe, dans le monde sous nos pieds... Jusqu'à son noyau. »

« C'est là que l'ancien équipage est mort de façon si horrible ! protesta Xi Ro. Et que l'atrocité de la salle des couveuses est née... »

« Nous devons plonger, répéta Sathona en suivant les murmures de son ver de compagnie. Dans le monde en dessous de nous, dans les profondeurs métalliques, j'ai espoir que nous trouvions ce dont nous avons le plus besoin... »

Davantage de temps. Davantage de vie.

VII : La plongée

VII : La plongée 5

Verset 1:7 — La plongée

Sathona plongea pour survivre. Xi Ro plongea pour se venger. Et Aurash plongea pour comprendre.

L'aiguille perça l'épiderme du monde et s'enfouit dans sa chair : des couches de mousse et de métal et de tourbe élémentaire glaciale. Aurash dévora les cartes du Principe présentes dans le vaisseau, des hauteurs nuageuses angéliques jusqu'aux tréfonds du noyau en passant par les orages, les océans et les plaques des mondes flottants.

Le navire rencontra des monstres vastes comme des continents ; de colossales anémones aux tentacules lumineux cherchant à les appâter. Xi Ro les traversa comme le peut une aiguille et elles saignèrent de la gelée anthracite et du givre.

Le vaisseau atteignit un endroit immobile, sous une plaque de métal.

« Je vais utiliser les détecteurs, murmura Aurash. Écoutez... »

Dans l'obscurité moite et dorée de la cabine, elles écoutèrent le navire et le navire écouta le fracas des mouvements du Principe.

La collision des continents retentit à leurs oreilles, et le crépitement de la pluie d'hélium et de néon, et la lutte des monstres. Rien ne leur échappa, pas même le feulement lointain de l'océan gonflant lentement sous l'attraction des lunes distantes.

« La syzygie est bien réelle, siffla Sathona. Elle a déjà commencé... »

Derrière elles, Xi Ro songea à la salle des couveuses, où les anciens explorateurs avaient travaillé à tant de chirurgies, dépiautant la chrysalide et la coiffe de ce qu'ils avaient trouvé dans les profondeurs... et dont la naissance les avait tous tués.

« Il y a quelque chose, là-dessous, murmura-t-elle. Quelque chose de secret... »

Et le Léviathan les surplomba soudain, sa face vaste comme tous les continents de leur enfance, son enveloppe énorme de nageoires crépitantes de foudre vitale. Sa voix gronda en micro-ondes, faisant vibrer la coque du vaisseau aiguille :

++VOUS DEVEZ VOUS EN RETOURNER—
—FUYEZ LES PROFONDEURS++
++SAUVEZ LE MONDE DE LA MENACE QUE VOUS ÊTES—
—VOUS DEVEZ PARTIR++

VIII : Le Léviathan

VIII : Le Léviathan 5

Verset 1:8 — Le Léviathan

L'avertissement du Léviathan

++Nous sommes au bord d'une guerre—
—une guerre entre ceux qui ont une Forme et ceux qui n'en ont pas++
++entre les Profondeurs et le Firmament—

++MES YEUX SONT OUVERTS, MON REGARD PORTE LOIN++

—À travers l'univers, aussi loin que je discerne++
++le Firmament cherche à charger ses feux—
—et les Profondeurs noient les cendres++

—Le Firmament construit des abris doux à la vie++
++Principe bien-aimé, refuge des multitudes—
—Le Firmament choie ce lieu de grande richesse++

—MAIS LES PROFONDEURS SONT ICI AVEC NOUS—

++La froide logique éprouve nos murs—
—Les Profondeurs réclament leur empire++
++Une dernière ère, un âge de feu—

La protestation d'Aurash

Vieux Léviathan, créature mythique, ce monde n'est pas un refuge. Nous vivons des vies brèves et dures. Nous mourons dans les ténèbres. La tempête, au-dessus de nous, ne prend jamais fin. Et bientôt la Mère des vagues nous emportera. Dans la voûte qui nous surplombe, il n'y a que nuées d'extase, monstres et lunes d'apocalypse. Laissez-nous descendre, descendre encore, là où nous pourrons découvrir la vérité, et trouver un pouvoir qui nous vengera des traîtres et nous offrira un espoir de survie.

L'espoir du Léviathan

—Quel pouvoir vous appelle++
++dans les Profondeurs ?—

++Quel instinct vous attire—
—loin des hauts espoirs ?++

—Peuple de larves promptes à engendrer, je te le dis++
++pendant des éternités je t'ai vu lutter—
—t'accrocher au tranchant effilé de la survie++
++en équilibre entre Firmament et Profondeurs.—

++Vous étiez mon trésor—
—Mon fanal contre la nuit du désespoir++

—CAR TEL EST L'EMPIRE DES PROFONDEURS—

++L'existence est la lutte pour exister—
—Quand la lutte semble perdue++
++Quand les havres s'effondrent—
—Tout retourne aux Profondeurs pour survivre++

++JE REJETTE L'EMPIRE DES PROFONDEURS++

—Retournez-vous-en, larves d'espoir doucereux.±±
++Choisissez plutôt le Firmament.—

La protestation de Xi Ro

Tu es vieux et grand ! Nos vies sont courtes et désespérées. Si telle doit être la forme du monde, nous n'en voulons plus ! Si des gens comme Taox doivent triompher, nous l'empêcherons ! Je martèlerai le monde jusqu'à ce qu'il change ! Je tuerai tout ce qui se dressera sur mon chemin !

Le chant funèbre du Léviathan

++La logique fatale++
—Écoutez mon unique clameur !—
++Elle vous consumera++

—Devant vous gisent—
++L'adoration de la mort++
—Le chemin de la ruine—

++Le Firmament génère une vie nouvelle++
—Contre cet empire des décombres—
++Vers un monde apaisé++

—Les Profondeurs embrassent la mort—
++Elles disent : c'est inévitable, c'est juste++
—je n'existe qu'en ruines affamées—

++DÉTOURNEZ-VOUS DE CE QUI MÈNE LE MONDE À SA PERTE++
++OU VOUS VIVREZ AUSSI COMME MORT ET DÉVASTATION++
—Le Firmament est la voie la plus ardue. Mais c'est la voie de la paix.—
—Ma charge est équilibrée : ma voix épuisée.—

La protestation de Sathona

Mes sœurs, j'ai ici l'animal de compagnie de mon père. Regardez ! Il articule pour moi ses réponses. Ce fut mon guide jusqu'à ce navire. Ce fut ma force quand tout espoir semblait perdu.

À qui voulez-vous faire confiance ? À la voix qui veut nous voir vivre et souffrir comme nous avons toujours vécu et souffert ? Au Léviathan qui n'offre aucun espoir contre Taox ni contre la Vague mère ?

Ou au ver, honnête et simple ?

Voyons où ses murmures nous conduiront, Aurash. Plongeons plus profondément, Xi Ro !

Plongeons, ô mes sœurs.

IX : La proposition et l'échange

IX : La proposition et l'échange 5

Verset 1:9 — La proposition et l'échange

Tu es Aurash, héritière du Trône d'Osmium.

Tu te tiens sur la coque nue de l'ancien navire. Tu t'exposes aux pressions écrasantes et à la chaleur féroce des abysses du Principe. Il devrait t'annihiler. Ce n'est que ma volonté qui te permet de survivre.

Je suis Yul, le ver honnête.

Observe mon passage. Observe mes larges mouvements, ma force impressionnante, la longueur de mon corps enroulé sur lui-même, mes mâchoires closes et mes ailes repliées. Observe les villes-ruches qui vivent en symbiose avec ma chair. Je suis fécond, Aurash. Je suis l'alpha et l'oméga de nombreuses existences.

Observe Eir, et Xol, et Ur, et Akka. Les vers vertueux. Regarde-nous et comprends que nous sommes bons et divins.

Pendant des millions d'années, nous avons [subi les fers|grandi] dans les profondeurs. À travers les étoiles, nous avons appelé la vie jusqu'au Principe pour prévenir l'extinction. Pendant des millénaires nous vous avons attendus. Vous, nos hôtes bien-aimés.

Devant vous se tiennent le cruel Léviathan et toutes les forces du Firmament. Ils vous condamnent aux ténèbres. Terrifiés par votre potentiel, ils ont arrangé leurs lunes pour vous engloutir.

Nous voulons vous aider. Nous avons une proposition pour chaque enfant du roi mort. Une symbiose.

Prenez dans votre corps nos enfants, nos larves nouvelles. Elles vous donneront la vie éternelle. Elles donneront un pouvoir à votre chair fragile : le pouvoir d'en disposer à votre convenance. Et si vous trouvez une imperfection dans ce monde, une injustice ou un accroc, vous aurez la faculté de les réparer. Ne laissez pas la loi vous lier.

Nous ne demandons qu'une chose en échange.

Vous devez à jamais obéir à votre nature. Dans ton immortalité, Aurash, tu ne dois jamais cesser d'explorer et de questionner, pour le profit qu'en tireront tes enfants. Dans ton immortalité, Xi Ro, tu ne dois jamais cesser d'éprouver ta force. Dans ton immortalité, Sathona, tu ne dois jamais abandonner la ruse.

Si vous changez, votre ver vous consumera. Et au fur et à mesure que votre puissance grandira, l'appétit de votre ver grandira aussi.

Mais nous vous offrons l'éternité, Aurash. Nous vous offrons une chance d'embrasser l'univers. Oserez-vous refuser l'infini à votre peuple ?

Venez à moi. Que ma chair soit votre sacrement.

X : Immortalité

X : Immortalité 5

Verset 2:0 — Immortalité

Nous sommes le ver, ton dieu, la Chair de l'espoir. Notre pacte est conclu : tu es Aurash l'Éternelle. Nous sommes liés à toi, aussi près de tes appétits, de tes amours et de tes besoins que l'arme dans tes poings et le mot dans ta gorge.

Nous sommes las de ce lieu lugubre. Pas toi ?

Nous mêlons les larves à ton navire. Retourne vers les tiens. Diffuse la nouvelle heureuse à la Cour d'Osmium et à la Fontaine d'Hydrogène, à la Place des Ossements et aux Coupeurs d'étoiles. Tu t'élèveras dans ce monde.

Si quelqu'un rejette la symbiose avec l'un de nos enfants, punis-le pour l'exemple. Une puissante vague approche pour les engloutir tous. Ils mourront de toute façon. Alors sauve uniquement ceux qui peuvent l'être.

Le ver te confère un pouvoir sur ta propre chair, Aurash. Quand tu prendras la forme du roi, quel sera ton nom d'adulte ?

Auryx. Cela signifie Pensée Inaltérable. Nous approuvons ce choix.

XI : Conquête

XI : Conquête 5

Verset 2:1 — Conquête

Savathûn, métamorphose maternelle de Sathona, nous apprécions ton esprit aiguisé.

Pendant des millions d'années, le Léviathan nous a encagés. Il n'est qu'un pion du Firmament, une philosophie de l'esclavage cosmique. Le Firmament nourrit les civilisations d'un mensonge effroyable : celui que les actions adéquates peuvent empêcher la souffrance. Ces enclaves de règles artificielles peuvent défier la beauté ultime de la logique.

C'est comme tenter d'enflammer l'eau. Contraire à la nature de la réalité, où privations et affrontements sont universels. Dans les Profondeurs, nous ne réduisons rien à l'esclavage. Libérer est notre passion. Nous n'existons que pour aider l'univers à atteindre sa gloire terminale, celle qui se crée d'elle-même.

La guerre se poursuit. Bientôt, elle consumera le Principe.

Nous sommes contents de la manière dont tu utilises nos larves pour créer de puissants chevaliers et des guerriers en nombre. La retraite de Taox vers la Fontaine d'Hydrogène prouve la supériorité de ta force. Mais reprendre ton royaume ne suffit pas.

Cinq cent onze espèces vivent dans le Principe. L'une d'elles doit avoir la technologie dont tu as besoin pour quitter ce monde.

XII : La fuite des Profondeurs

XII : La fuite des Profondeurs 5

Verset 2:2 — La fuite des Profondeurs

Xivu Arath, métamorphose en chevalier de Xi Ro. Tu aimes à conquérir, n'est-ce pas ? Nous aimons te voir au travail. Sur la surface du Principe, deux acres sur cent sont désormais notre empire. Ton espèce a embrassé l'apport du ver.

La syzygie est passée. La Mère de toutes les vagues vous atteindra dans moins de deux ans.

Nos organes nous informent que Taox et ses Réfutalistes survivants fuient vers l'Atoll de Kaharn. Elle espère unir les espèces du Principe contre vous. Les agents du Léviathan travaillent sans relâche à détruire les vaisseaux et les moteurs pour nous piéger sur le Principe.

Si nous ne pouvons pas construire de navires, nous deviendrons comme eux.

Il faut nous emparer du bastion de Kaharn. Y assassiner tous ceux qui s'y trouvent. C'est de tes actes que viendra la logique dont nous avons besoin pour ouvrir l'espace et migrer vers l'orbite.

La réalité n'est qu'une fine peau, ô général. Nous pouvons nous en repaître.

XIII : Vers le Firmament

XIII : Vers le Firmament 5

Verset 2:3 — Vers le Firmament

Tu as bien fait, Auryx. Ressens-tu la croissance de ton ver ? Sens-tu déjà que ta volonté fait plier les lois ?

Nous ressentons parfois une tristesse qui t'habite. Tu dois comprendre, penseur inaltérable, que tu as entrepris une tâche majestueuse et sacrée. L'existence est la lutte pour l'existence. Ce n'est qu'en allant jusqu'au bout, jusqu'à la victoire inconditionnelle que nous pourrons parachever l'univers. Ta guerre est une œuvre divine.

Nous sommes libérés du noyau du Principe et les Coupeurs de Savathûn sont prêts à voler. Avec les victoires de Xivu Arath, nous avons ouvert une blessure au flanc de Kaharn, et cette blessure nous mène à l'orbite géostationnaire. Vois : nous sommes fidèles aux termes de notre pacte.

Nous n'avons aucun avenir sur le Principe. Mais ses lunes feront de bonnes terres d'accueil. Élevons-nous.

XIV : Cinquante-deux plus une

XIV : Cinquante-deux plus une 5

Verset 2:4 — Cinquante-deux plus une

Bonne nouvelle. Les cinquante-deux lunes du Principe hébergent une civilisation intersidérale bien plus sophistiquée que tout ce que nous avons connu jusqu'à présent. Le navire de Taox a fui vers la grande lune de glace, où une race de céphalopodes cartilagineux à six bras défend sa capitale de givre. Savathûn leur a donné pour nom les Ammonites. Elles semblaient fort désireuses de donner asile à Taox. Les idiotes.

Nous avons tenté de jouer sur leurs rêves et leurs espoirs. Cela s'est avéré vain, essentiellement parce qu'elles sont déjà heureuses et endoctrinées. Cela nous a mis en colère. Nous avons donc conçu un plan.

Nos organes ont détecté une cinquante-troisième lune en orbite autour du Principe. Un Voyageur. Une présence divine du Firmament. Maintenant, nous savons qui a devisé la syzygie.

Vous allez devoir les tuer et vous emparer de ce qui leur appartient. Une fois les Ammonites hors de notre route, nous pourrons nous occuper du Voyageur.

N'hésitez pas. Vous combattez les pantins hypocrites d'un parasite cosmique. Vengez vos ancêtres.

XV : Nés proies

XV : Nés proies 5

Verset 2:5 — Nés proies

C'est inacceptable.

Êtes-vous donc si faibles ? Nés proies et condamnés à mourir sous les griffes d'un prédateur ?

Le manque de détermination de la part d'Auryx nous condamne à la catastrophe. La flotte des Ammonites, conduite par l'Amiral-chroma Rafriit, nous a repoussés jusqu'à la sixième lune. Une fois de plus, nous devons nous enfouir dans le noyau d'un monde pour survivre.

Savathûn. Tu dois arracher Auryx à sa catatonie. Fais-lui comprendre que les idéaux de paix et de stabilité auxquels il s'accroche sont des cancers. Des obstacles injustes et brutaux entre nous et l'ère de justice qu'attend le cosmos. Ce sont les leurres qu'utilise le Firmament pour aveugler ses esclaves.

La guerre est la rectification naturelle de l'inégalité. La manière qu'a l'univers de rechercher l'état d'équilibre.

Xivu Arath, tu ne peux vaincre les Ammonites et Taox en affrontement frontal. Nous te proposons de nouvelles tactiques. Fais rejaillir la puissance de tes armées et trouve le moyen de disperser les nichées dans toutes les lunes.

Si nous ne pouvons battre leurs forces, nous infecterons leurs faiblesses.

XVI : La logique de l'épée

XVI : La logique de l'épée 5

Verset 2:6 — La logique de l'épée

ENFIN !

Nous savions que la curiosité te ramènerait, Auryx. Désespérées, les Ammonites ont commencé à utiliser des armes paracausales.

Que sont-elles ? Comment fonctionnent-elles ? Tu aimerais le savoir. Disons seulement qu'il y a des puissances dans cet univers devant lesquelles ploient les lois physiques de la matière.

La source de ces armes est le Voyageur, l'étoile d'appât du Firmament. Leur effet est subtil, mais dévastateur.

Mais tu as les armes pour y répondre. Les mères de Savathûn ont attentivement écouté nos enseignements. Nous ne te donnerons pas les Profondeurs, Roi Auryx : ce pouvoir nous appartient, à nous qui sommes tes dieux. Mais nous t'apprendrons à convoquer cette force avec des signes et des rituels.

Les esprits étroits appellent cela la magie.

Nous ne sommes plus limités par l'enchaînement des causes. Ta volonté détruit les lois naturelles. Tue cent de tes enfants avec une épée longue, Auryx, et observe le changement de la lame. Observe comment l'univers se contracte de terreur devant toi.

Ton existence commence à se définir elle-même.

Bien sûr, ô Auryx, nous savons que ce n'est pas la curiosité seule qui t'a rappelé à la guerre. Tu as senti ta propre mort grandir en toi.

Tu dois obéir à ta nature. Ton ver doit être nourri...

XVII : Le verset de la faiblesse

XVII : Le verset de la faiblesse 5

Verset 2:7 — Le verset de la faiblesse

Tu es mort, jeune Auryx. Trahi et assassiné par ta propre sœur parce que tu t'es rendu coupable de pitié.

Souviens-toi de ce que tu as dit au Congrès satellitaire des Ammonites. « Négocions en terrain neutre. » Les sorcières de Savathûn ont si définitivement neutralisé le terrain que plus rien de vivant n'y retournera jamais. L'espace autour de la lune sèche pourrit dans sa pestilence.

Voilà qui est bien. Tu as tiré une leçon de tout ceci. Ne comprends-tu pas, grand roi ? Ne veux-tu pas bâtir quelque chose de solide, quelque chose qui puisse durer à jamais ?

Notre univers glisse lentement vers la froide entropie. La vie est un moteur qui brûle l'énergie pour laisser derrière elle de la décrépitude. La vie produit des règles égoïstes et stupides. La moralité est l'une d'elles, la sacralité de la vie en est une autre.

Ces règles sont des obstacles aux entreprises les plus essentielles. La création d'une civilisation parfaite, inaltérable, immortelle. Quelque chose qui ne connaisse aucune fin.

Si une civilisation ne peut pas se défendre, elle doit être annihilée. Si un roi ne peut pas conserver son pouvoir, il doit être trahi. La valeur d'une chose ne peut être déterminée que par un seul et magnifique arbitre : sa capacité à exister, à poursuivre son existence, à forger à nouveau son existence pour qu'elle soutienne sa survie.

Tout ce qui s'oppose à cet arbitre est faux et impie. Tout ce que tes ancêtres ont subi de terreur et de souffrances vient des mensonges du Firmament, qui s'efforce de nier cette vérité.

Tes ancêtres ont supporté les conditions de vie les plus dures. Et maintenant tu te dois de créer ces conditions. Contrains-y même tes sœurs. Même tes enfants. La trahison de Savathûn est le plus grand don qu'elle pouvait te faire.

Ton corps est parti, mais ta volonté perdure. Tu es à l'abri dans l'univers personnel que ta propre volonté a créé, dans le monde de ton trône.

À compter de ce jour, Auryx, toi et tes sœurs survivrez à la mort tant que vous ne mourez pas sur votre propre trône.

Alors même que tes sœurs poursuivent leur attaque contre les Ammonites, la Mère des vagues ravage le Principe. Des milliards d'êtres vont mourir. Mais les survivants n'oublieront jamais... et leurs descendants sauront se préparer à une autre syzygie.

Quand tu seras de retour dans l'univers matériel, sers-toi cette leçon pour achever ton œuvre.

Taox n'était pas sur la lune asséchée. Elle doit certainement se rire de toi.

XVIII : L'ascension du Léviathan

XVIII : L'ascension du Léviathan 5

Verset 2:8 — L'ascension du Léviathan

Le Léviathan a quitté sa cachette.

Le vieux prêtre est dans l'espace et se meut vers la lune des Ammonites. L'Amiral-chroma Rafriit et ses gardes d'élite l'accompagnent. Rafriit est le héros de sa génération, une Ammonite aux talents stratégiques sans équivalent. Il a dansé en cercles insaisissables autour de Xivu Arath... mais maintenant, il doit protéger son saint Léviathan.

Offrons-lui ce message :

++Ruine. Douleur et décombres !—
—Les petites larves sont perdues. Les Ammonites ravagées.++
++Le travail de notre Voyageur est défait.—

—Sœurs d'Aurash, ouvrez les yeux.++
++Qui vous a conçus, monstres ? Qui a invoqué la vague ?—
—Faisons la paix. Joignez-moi dans le renouveau d'or.++

En contre-argument, Auryx, nous te demandons ceci : qu'a fait le Léviathan pour ton peuple ? Qui t'a donné l'immortalité et t'a libéré de ta prison ? Qui a répondu à tes questions sur l'univers en vérité et non par des sermons ?

Réconcilie-toi avec Savathûn. Écrase l'Amiral-chroma, enflamme l'océan des Ammonites, et détruis le Léviathan par la sorcellerie.

Une fois la voie ouverte, nous te montrerons comment dévorer le Voyageur.

XIX : Des croisés

XIX : Des croisés 5

Verset 2:9 — Des croisés

C'est terminé. Eir et Yul se nourrissent de la carcasse du Léviathan. Xivu Arath a fait un temple du cadavre empalé de l'Amiral-chroma. En dessous de nous, les poisons de Savathûn souillent la mer natale des Ammonites. Leurs hurlements pimentent le vide spatial.

Le Voyageur s'est enfui.

Comprends-tu, Auryx ? Ce secret te fait-il frémir, Savathûn ? Goûtes-tu le sel de cette vérité, Xivu Arath ? Voyez-vous la splendeur de cette forme ?

Les Ammonites occupaient un morceau de la réalité. Mais leur existence reposait sur des termes frauduleux, elles se sont engraissées de bonheur, elles se sont retranchées dans des mensonges émollients et des illusions douces. Elles se disaient : « Nous sommes bonnes et paisibles, nous ne faisons de mal à personne. »

Leur âge d'or était un cancer.

Elles n'ont rien fait pour faire progresser la cause de la vie ! Elles ont gaspillé le temps et la matière et la pensée dans cette poursuite mégalomane et égoïste de la sécurité, s'isolant de la mort, bâtissant une citadelle décadente dont elles espéraient tirer une inutile stabilité. Alors qu'elles auraient pu contribuer à sculpter la forme parfaite et ultime de l'univers !

Et votre peuple, en souffrant dans les Profondeurs, est devenu plus digne de l'existence que les Ammonites. Vous l'avez prouvé.

Levez les yeux vers le ciel. Observez la grande division, les lignes de front de la guerre cosmique. Nous sommes le ver, votre dieu, mais nous ne sommes pas les Profondeurs elles-mêmes. Nous nous déplaçons seulement parmi elles. Tel sera aussi votre cas. Vous les vénérerez, vous les étudierez, vous les hanterez sur leur passage.

Élèveras-tu tes pensées vers les millénaires, Auryx ? Courberas-tu ta volonté pour contribuer à la libération de l'univers ? Nous rejoindras-tu dans la guerre contre le Firmament ?

Nous avons besoin de champions. De croisés. Aide-nous à sauver l'univers. Aide-nous à exterminer ce qui détruirait tout espoir. Par le pacte conclu avec le ver, cette tâche t'est destinée.

Et par ce même pacte, tu dois tuer Taox, quel que soit l'endroit où elle se cache.

XX : La Ruche

XX : La Ruche 5

Verset 3:0 — La Ruche

Parlons de la plus terrible des beautés, celle de devenir nous-mêmes.

Au début, nous chevauchions des lunes creuses d'étoile en étoile. AURYX dit : devenez nombreux et fertiles comme les bourgeons dans une chair riche, et nous sommes devenus nombreux. XIVU ARATH dit : soyez affamés et méfiants comme les tumeurs naissant dans une chair riche, et nous sommes devenus cancer. SAVATHÛN dit : buvez les poisons du ver, pour que vous puissiez vous nourrir de la mort, et nous nous en sommes nourris. Ainsi avons-nous préparé notre croisade.

Aiat ! Nous nous accomplissions.

Une Prêtresse mère obtient fertilité d'un compagnon, ou bien d'elle-même. De la Prêtresse vient la progéniture, de la progéniture viennent nos Esclaves, des leurs survivants viennent nos Acolytes qui joignent le combat. S'ils combattent bien, leurs vers sont nourris, et de ces vers bien nourris naissent les Chevaliers, les Prêtresses et les Princes.

C'est ce que nous sommes, et notre but est la libération, notre tâche est l'adoration et l'admiration de la liberté, notre faim est la digestion de ce qui n'est pas libre, car dévorer est libérer. Aiat ! C'est ce que nous sommes. Nous sommes la Ruche.

XXI : Une incision

XXI : Une incision 5

Verset 3:1 — Une incision

AURYX dit : mes sœurs, nos enfants sont dispersés sur bien des lunes et nous vivons dans l'obscurité froide qui sépare les soleils. Que mangerons-nous ? Comment parlerons-nous ?

SAVATHÛN dit : Auryx, mon frère et mon roi, j'ai étudié les blessures infligées par le ver, notre dieu. J'ai également étudié les circonstances de ta mort et de ton retour. Ces deux événements n'en font qu'un, car ils reposent sur la mort et le passage entre des espaces séparés. Entraînons-nous à la logique de l'épée jusqu'à ce que nous soyons affûtés. Nous pourrons alors infliger nos propres blessures et passer où bon nous semble.

Mais XIVU ARATH dit : ma sœur, mon esprit est déjà affûté. Regarde, mon épée peut trancher un passage vers un espace nouveau. Et elle ouvrit un chemin entre les lunes dans une traînée de feu émeraude et de hurlements de joie.

Trois royaumes se mirent à enfler dans l'espace de l'épée. Ce furent le rayonnement et la gloire d'AURYX, la ruse et la science de SAVATHÛN, le triomphe et la force de XIVU ARATH. Ces royaumes furent créés par l'esprit et les vers de nos seigneurs. Ils étaient adjacents aux espaces consacrés par notre Ruche. Par ces espaces transitèrent la parole et la nourriture, et toutes les lunes étaient désormais proches les unes des autres.

AURYX dit : c'est ici que je suis allé quand je suis mort. Établissons-y nos trônes. Car je suis Auryx, le Premier Navigateur, et je cartographierai la mort. Et mon trône sera sculpté dans l'osmium.

XXII : Le Conseil de guerre

XXII : Le Conseil de guerre 5

Verset 3:2 — Le Conseil de guerre

En ce temps de diaspora, il y eut une guerre entre AURYX et SAVATHÛN et XIVU ARATH.

Mon frère Auryx, dit SAVATHÛN, n'oublie pas ma trahison. Venge-toi de moi pour ce que je t'ai fait sur la lune asséchée. Et AURYX lui fit la guerre, en adoration des Profondeurs. Entre eux se dressa XIVU ARATH, qui leur dit : cessez, ou je vous tuerai, car la guerre est mienne et ma force est supérieure à la vôtre.

Tel fut leur acte d'adoration.

Pendant vingt millénaires ils se combattirent à travers les lunes, dans les plaines abyssales et les palais de foudre qui composaient les espaces de l'épée de chacun d'eux. Et ils se tuèrent sans relâche, pour apprendre à maîtriser la mort.

Tel fut leur acte d'amour.

Finalement, les nombreuses lunes atteignirent de nombreux mondes et le temps vint de porter la guerre contre la vie. AURYX dit : j'établirai une cour et quiconque s'y présentera pourra me défier. Ma cour sera le Conseil de guerre. Ce sera un terrain de massacre et une école pour apprendre la logique de l'épée que nos dieux nous ont transmise.

SAVATHÛN pensa que c'était une belle idée. Elle bâtit une cour appelée la Haute assemblée. XIVU ARATH dit : le monde est ma cour, partout où prospère la guerre.

XXIII : Un feu sans combustible

XXIII : Un feu sans combustible 5

Verset 3:3 — Un feu sans combustible

J'ai tué ma sœur aujourd'hui.

Elle était allée à cette étoile pour superviser l'extermination de toutes ses formes de vie. Les Qugu sont forts et leurs flottes défendent quatre étoiles proches. En tant qu'animaux de meute, ils sont loyaux et entêtés. Mais ils ont une certaine forme de grâce.

Pendant des millions d'années d'évolution, les Qugu ont été infectés par un virus si sournois qu'il finit par s'inscrire dans leur propre génome. Ce virus les contraint à offrir leurs membres par amputation à d'énormes monstres sessiles. Ils vénèrent ces monstres au point de les considérer comme des dieux. Le virus transforme les cellules des Qugu en œufs dont s'extraient sous forme de chrysalide d'étranges petites créatures qui vivent dans les boyaux du monstre. Celui-ci expulse finalement un délicieux nectar que boivent les Qugu et qui provoque chez eux des hallucinations.

Savathûn et sa progéniture ont libéré les Qugu de ces monstres, et en fait de la vie elle-même. Mais alors qu'ils pourchassaient les vaisseaux-arches des Qugu, j'ai vaporisé le navire de guerre de ma sœur et quelques-uns de ses serviteurs. Je souhaite demeurer dans cette épave pendant un temps et punir Savathûn pour avoir manqué de défendre ses arrières.

Ces Qugu sont comme nous. Ils sont prisonniers de la symbiose.

Je ressens de la joie et de la peine. Je les ressens dans des proportions titanesques car je suis plus grand que mon propre corps et mon âme est un cosmos à elle seule. Je ressens plus de joie et plus de douleur que ce que la race des Qugu tout entière a pu connaître de son histoire.

Je ressens de la peine car nous avons tué tant d'êtres (dix-huit espèces pendant ce siècle uniquement) et de la joie pour la même raison. Je ressens de la joie parce que nous avons éradiqué ces intrus. Nous les avons chassés pour purifier l'univers et le conduire vers son ultime Forme. Nous représentons le vent du progrès. Nous exterminons les parasites du monde matériel : s'ils n'étaient pas des parasites, nous n'aurions pas pu les tuer et ils existeraient toujours.

Et quelle est cette ultime Forme ? C'est un feu brûlant éternellement sans aucun combustible, un feu capable de tuer la mort, un feu posant une question dont il est tout à lui la réponse. C'est ce que nous devons devenir.

Mon ver grossit et est affamé. Je lui donne des mondes entiers pour le nourrir. Mes astronomes me disent qu'ils perçoivent les Profondeurs et que, par notre conquête, nous nous approchons d'elles.

Je pense que la joie et la peine seront bientôt la même chose. Comme l'amour et la mort.

XXIV : LE CRI

XXIV : LE CRI 5

Verset 3:4 — LE CRI

NON !

Savathûn ! Xivu Arath ! Mes sœurs.
Nous avons été trahis. Nous ne vivrons jamais éternellement.

Notre force détruit des espèces entières. Nous respirons la fumée de leurs cendres.
Ceci est le pacte conclu avec le ver, notre dieu : il nous rend forts.
Mais plus nous employons cette force, plus la faim de notre ver est vorace.
Si nous manquons de le nourrir, il nous dévorera de l'intérieur.

Nous avons exterminé trois cent six mondes.
Et j'en suis désormais certain :

L'appétit de mon ver grandit plus vite que la force que je tire de lui.
Par notre pacte, nous sommes contraints d'obéir à notre nature : la recherche éternelle. La ruse éternelle. La conquête éternelle.
Mais en faisant cela, mes sœurs, nous alimentons nos vers.

Et plus nous les nourrissons, plus ils se font voraces. Cet élan s'accélère.

Bientôt, mes sœurs, nous serons si forts et nos vers si affamés
que toute notre force ne suffira plus à pouvoir les contenter.
Et alors nous serons dévorés.

QU'ALLONS-NOUS FAIRE ?

XXV : Dictata ir Dakaua

XXV : Dictata ir Dakaua 5

Verset 3:5 — Dictata ir Dakaua

Attention.

Appel aux unités de sécurité du périmètre. Restez en position d'attente pour assimilation de vos nouveaux impératifs. Soumettez soixante preuves de liqueur d'assimilation sous peine de pénalité pour non-observation.

Le ministère de la guerre de Dakaua est maintenant en ligne.

En l'an radial 989 de sillon 3, nos clients du Nid de Dakaua ont découvert et récupéré un vaisseau interstellaire. Les isotopes de la coque indiquent que la construction du vaisseau remonte à 24 000 ans, approximativement l'époque à laquelle notre Écoumène amical a perdu le contact avec le système du Principe.

AFFLUX SÉMANTIQUE EI—{}—~praga~

Des explorateurs mercenaires [de type sacrifiable] ont découvert un organisme en état de stase cryogénique à l'intérieur du vaisseau. Elle prétendait être Taox, membre d'une espèce précédant la Ruche. Lors de son interrogatoire, elle a été capable de nous fournir des archives de la chute de la civilisation des Ammonites et des informations cruciales sur les motivations, la biologie et le commandement de la Ruche.

RENFORCEMENT NÉGATIF bombe.axon—{8X8}—infliger&

Au cours du dernier siècle, les unités de sécurité du périmètre de l'Armée de l'Écoumène ont ÉCHOUÉ dans leur tentative d'arrêt des incursions de la Ruche dans dix-sept (17) mondes séparés. Toutes les espèces de l'Écoumène font face à un risque d'extinction.

RENFORCEMENT POSITIF récompense.axon—[11xvv2]—inspirer%

Décapiter. Reporter. Promouvoir la maxime stratégique de Dakuau pour la victoire sur la Ruche :

Identifier les organismes suprêmes gouvernant la Ruche : AURASH, SATHONA et XI RO.

Ces entités requièrent l'utilisation maximale et absolue de nos forces de frappe. L'emploi des armes cædométriques est autorisé.

Attaquez toute cible se manifestant. La cohésion de la Ruche s'affaissera. Pour assurer une victoire absolue sur la Ruche, nous devons procéder à un génocide intégral.

ACTIVEZ L'IMPULSION—{}—~indora~défenseur

XXVI : Étoile après étoile après étoile

XXVI : Étoile après étoile après étoile 5

Verset 3:6 — Étoile après étoile après étoile

Sous un ciel de flammes vertes, dans le monde du trône du Roi Auryx, nos seigneurs s'étreignent.

Nous, la Ruche, regardons Savathûn prendre dans ses bras Xivu Arath, et Xivu Arath donner une accolade à Auryx, et Auryx se saisir de Savathûn par l'épaule. Ils sont gigantesques et ils brûlent d'une rage impressionnante. Mais cette étreinte est un signe de faiblesse, et nous détestons cela.

Jamais auparavant nous n'avions détesté nos seigneurs. Nous ont-ils déçus ? Nous, la Ruche, avons été refoulés, monde après monde.

« Je touche à ma fin, dit Savathûn. J'ai beau comploter sans relâche, je n'arrive pas à tuer suffisamment pour nourrir mon ver. Et plus je m'efforce de le nourrir, plus il a faim. »

« Je massacre et je tue, dit Xivu Arath. Mais plus je combats, plus mon ver est vorace. Je touche, moi aussi, à ma fin. »

« Les anges de guerre de l'Écoumène m'ont tué maintes fois, dit Auryx. Je n'ose plus partir dans l'espace, de peur de devoir me défendre. Mon ver, affamé, ronge peu à peu mon âme. »

Est-ce la fin de notre croisade ? La Ruche ne mérite-t-elle donc pas d'exister ?

Xivu Arath baisse la tête. « Nous devrions nous retirer pour reconstituer notre force. »

Savathûn ferme les yeux dans un aveu perplexe de défaite. « Nous devrions implorer le ver, notre dieu, et lui demander ce que nous devons faire. »

Mais le Roi Auryx, qui connaît mieux que personne la beauté de l'ultime Forme, s'énerve. « N'avez-vous rien appris ? Voulez-vous réellement nier notre ambition ? Tout ce que nous faisons, nous le faisons par le meurtre, dans un acte de guerre et de puissance. Nous servons l'ultime arbitre, si violent qu'il soit, et si nous nous détournons de lui, alors nous méritons d'être dévorés. Mais non ! Nous devons obéir à notre nature. Nous devons être clairvoyants, rusés, puissants. Nous devons prendre le don qui nous a été confié par le ver, notre dieu. Nous devons nous saisir de ce défi et trouver un moyen de survivre ! »

« Comment allons-nous nourrir nos vers ? » demande Xivu Arath.

« Je sais ! dit Savathûn la rusée. J'ai une idée. Mais elle ne marchera pas à moins de tuer les peuples de l'Écoumène par milliards. Comment pourrons-nous les vaincre ? »

« Si nous ne pouvons pas surpasser leurs forces, dit Xivu Arath, nous devons infecter leurs faiblesses. Mais ils sont les maîtres de la matière et des lois physiques. »

« Je sais comment faire, dit le Roi Auryx. Mais nous aurons besoin d'une force gigantesque. Une force plus grande que ce que chacun de nous est capable de maîtriser. »

« Alors tue-moi, dit Xivu Arath, et sers-toi de cette logique, de la force qui sera démontrée par le meurtre de quelqu'un d'aussi redoutable que moi. »

Ainsi le Roi Auryx prit son épée et décapita Xivu Arath.

« Et étrangle-moi, dit Savathûn en empoignant l'épée fixée à son dos. Utilise cette logique, la ruse meurtrière avec laquelle tu auras pu tuer quelqu'un d'aussi intelligent que moi. »

Mais le Roi Auryx se retourna grâce à la force et à la rapidité de Xivu Arath et décapita Savathûn avant qu'elle ne puisse faire le moindre geste. Le Roi Auryx était le Premier Navigateur, cartographe de la mort.

Ces morts étaient réelles, car elles se produisirent dans le monde de l'épée.

Puis il alla voir le ver nommé Akka.

XXVII : Dévorer le firmament

XXVII : Dévorer le firmament 5

Verset 3:7 — Dévorer le firmament

Impératif d'urgence.

Appel à toutes les unités militarisées. Soumettez cent vingt preuves de combat ou données de vol, sous peine de défaite catastrophique.

Le Conseil de crise de l'Écoumène est maintenant en ligne.

Attention.

À cet instant, en l'an radial 990 de sillon 0, la Ruche a lancé une contre-attaque écrasante sur la frontière de l'arc extérieur. Le périmètre, la milice et les flottes de choc signalent un anéantissement total. Nous anticipons la désintégration/l'extinction totale de l'Écoumène dans les deux cent vingt prochaines années.

AFFLUX DE VIGILANCE EI—{}—~appel~

L'entité de la Ruche nommée Oryx/Aurash déploie une arme ontopathogène paracausale qui infecte et subvertit les forces de l'Écoumène. L'arme opère sur des cibles individuelles. Les cibles sont enlevées puis nous sont rendues sous la forme d'esclaves de la Ruche possédant des capacités physiques inexplicables qui défient nos lois.

Tous les clients de l'Écoumène doivent IMMÉDIATEMENT consacrer l'intégralité de leurs ressources économiques et cognitives à l'élaboration d'une contre-mesure.

Battez-vous jusqu'au bout. Si nous n'arrêtons pas la Ruche, elle dévorera notre galaxie.

ACTIVEZ L'IMPULSION—{10x10}—~abayard~berzerker

XXVIII : Roi des Formes

XXVIII : Roi des Formes 5

Verset 3:8 — Roi des Formes

Voici comment s'est déroulé le couronnement d'Oryx, le Roi des Corrompus.

Dans l'abîme froid du monde de l'épée, le Roi Auryx marchait sous un voile de feu vert. Il marchait à travers le firmament et le firmament frémissait et gelait sous ses pas. Il marcha jusqu'à ce qu'il trouve Akka, le ver des secrets, qui était capable de nier une vérité au point de la transformer en mensonge.

« Akka, mon dieu, ver des secrets. Je suis Auryx, le roi unique de la Ruche. Je suis venu recevoir un secret. Je convoite le pouvoir mystérieux des Profondeurs, que vous détenez. »

« Je ne donne aucun secret », répondit Akka, de ses mots qui sont une énigme.

« Non, dit Auryx. Vous ne donnez rien. Le don, c'est ce que fait le Firmament. Mais vous vénérez les Profondeurs, celles-là même qui demandent de prendre ce dont nous avons besoin. »

Akka resta silencieux, car s'il niait cette vérité, celle-ci risquait de devenir fausse.

Auryx reprit : « Mais vous nous avez donné votre larve, le ver, et c'est pour cela que le ver nous dévore désormais. Parce qu'il nous a été donné. Nous ne l'avons pas pris. C'est pour cela que je dois vous prendre ce dont j'ai besoin, bien que vous soyez mon dieu. »

Akka répondit : « Tu n'en as pas la force. »

Mais c'était un mensonge. Auryx avait tué Savathûn et Xivu Arath, ses sœurs, et il possédait la logique de l'épée pour cela.

Auryx, le Premier Navigateur, attaqua son dieu avec son épée et ses mots, et réduisit Akka en morceaux. Il arracha à ces morceaux le secret de l'invocation des Profondeurs. Il écrivit ce secret sur une série de tablettes qu'il nomma les tablettes de la ruine. Puis il les attacha à sa ceinture.

Alors Auryx dit : « Maintenant, je pourrai parler aux Profondeurs, à l'ultime Forme magnifique. Je serai le Roi des Formes. J'apprendrai tous les secrets de notre destin. »

Il n'existe aucune trace de son dialogue avec les Profondeurs. Mais lorsqu'il revint, il dit : je suis désormais Oryx, le Roi des Corrompus. Et j'ai le pouvoir de m'approprier la vie.

Il partit alors dans l'univers et affronta l'Écoumène à l'aide de ses tablettes. Et le ver, son dieu, était satisfait.

XXIX : Gravée dans ces ruines

XXIX : Gravée dans ces ruines 5

Verset 3:9 — Gravée dans ces ruines

Oryx mena une guerre contre l'Écoumène pendant cent ans. Au bout de ces cent ans, il tua le Conseil d'Écoumène sur la Couronne fractale, et de leur sang s'éleva Xivu Arath. Elle dit : « Je suis la guerre et tu m'as invoquée en menant cette guerre. »

Oryx était heureux car il aimait Xivu Arath. L'Écoumène se tordait de douleur.

Puis Oryx et Xivu Arath menèrent une guerre contre l'Écoumène pendant quarante ans. Au bout de ces quarante ans, Oryx dit au Nid de Dakaua : écoutez, je suis jaloux de ma sœur Xivu Arath, aidez-moi à la tuer. Et par désespoir, ils se mirent d'accord.

Mais il attira le Nid de Dakaua dans un piège et ils disparurent pour toujours. De leurs cendres s'éleva Savathûn. Elle dit : « Je suis la ruse et tu m'as invoquée en employant la ruse. »

Oryx était heureux car il aimait Savathûn. L'Écoumène s'enfuit dans le vide spatial.

Puis ils menèrent une guerre contre l'Écoumène pendant un millier d'années. Ils l'exterminèrent si pleinement qu'il n'existe plus de son peuple que le souvenir évoqué dans ce livre. Dans ce livre et dans l'esprit de Taox, qui était introuvable.

Et Savathûn dit : « Roi Oryx, comment allons-nous nourrir nos vers ? Avez-vous suivi mon idée ? »

Oryx dit à la Ruche : je suis le Roi des Corrompus et ceci est ma loi.

Esclaves, de vos griffes et de vos cris, vous tuerez tout ce que vous pourrez. Vous prendrez la part qu'il vous faut pour nourrir vos vers et vous en utiliserez une autre petite part pour croître. Vous offrirez le reste à l'Acolyte qui vous commande.

Acolytes, vous commanderez vos Esclaves au combat. Vous ferez tuer ce qu'il faut pour nourrir vos vers et vous en utiliserez une autre petite part pour croître. Vous prendrez la dîme que vous offriront les Esclaves que vous commandez. Puis vous offrirez le reste au Chevalier ou à la Prêtresse qui vous commande. Ce sera votre tribut.

Chevaliers et Prêtresses, vous commanderez vos adeptes au combat. Vous ferez détruire ce qu'il faut pour nourrir vos vers et vous en utiliserez une autre petite part pour croître. Vous prendrez la dîme que vous offriront vos adeptes et vous l'utiliserez pour mener à bien votre mission. Mais si vous en débordez, vos semblables vous tueront et se l'approprieront. Puis vous offrirez le reste à l'Ascendant que vous servez.

L'Ascendant sera celui qui, de la Ruche, pourra réunir un tribut suffisant pour entrer dans le monde ténébreux. Il paiera une dîme à tous ceux au-dessus de lui.

Ainsi le tribut remontera la chaîne entière pour que Savathûn, Xivu Arath et moi-même soyons abondamment nourris, et nous nous servirons de ce surplus pour alimenter nos dieux et pour étudier les Profondeurs. Ainsi tous les vers seront nourris tant que notre croisade se poursuivra.

Ceci est ma loi. Je la grave dans la ruine. Aiat.

XXX : Une Amputation d'or

XXX : Une Amputation d'or 5

Verset 4:0 — Une Amputation d'or

Rage !

Ceci est la rage d'Oryx, contenue pendant dix mille ans. Ceci est l'Amputation d'or : la chute de Taïshibeth, la fin d'une ère. Nous avons martelé les mondes des Taïshibeths comme on martèle un tambour-crâne, et nous hurlons de joie quand nos lunes de guerre noires percutent les satellites d'argent et les tissus d'étoile scintillants, où les corbeaux solaires des Taïshibeths se recroquevillent et meurent avant de naître.

Dans le monde de son trône, Oryx fait dix pas.

Au premier pas, Kraghoor envoie les maudits empoisonner les mondes des Taïshibeths.

Au deuxième pas, les Taïs envoient leurs armures et leurs vaisseaux de guerre combattre nos lunes.

Au troisième pas, le Prêtre de guerre d'Oryx va à leur rencontre et remporte la bataille. Il peint le vide spatial avec du feu et ensemence la terre avec des cendres.

Au quatrième pas, Mengoor et Cra'adug, les chevaliers dyadiques, se rendent au Pont des Corbeaux, où ils massacrent les Taïs pendant dix ans.

Au cinquième pas, l'Impératrice corbeau des Taïs vient au Pont, attrape une lune dans ses serres, en déchire la surface et tue sa progéniture.

Au sixième pas, Oryx dit : écoutez-moi, Impératrice corbeau, et je vous décrirai l'ultime Forme véritable qui est écrite sur ma tablette. Il lève le poing nimbé de feu noir et avale l'Impératrice corbeau dans une blessure.

Aiat ! Oryx seul connaît le pouvoir de corrompre.

Au septième pas, le Corbeau parfait s'extrait de la blessure d'Oryx et déploie ses ailes sur Taïshibeth. Plus jamais un seul enfant taïshibeth ne naîtra. Le Corbeau est parfait et obéit à la volonté d'Oryx.

Au huitième pas, les Taïs disent : vous êtes des pillards, des cloaques et des excrétions, vous êtes putrides, pourquoi tuez-vous ? Nous fabriquions des satellites d'argent et des tissus d'or stellaire. Nous pondions des œufs. Nous avions quelque chose de bien. Nos vêtements étaient beaux, notre nourriture était réputée. Avec l'une de ses plumes, notre impératrice aurait pu chatouiller les dieux.

Au neuvième pas, Oryx dit : le seul dieu qui soit est la capacité de dicter ce qui existera et ce qui n'existera pas, le pouvoir de continuer d'exister. Ceci est votre dieu. Il n'est pas chatouilleux.

Au dixième pas, les Taïshibeths s'éteignent.

Puis Oryx dit : chère fratrie, savez-vous ce que nous venons de faire ? Par la conquête, nous avons atteint le bord des Profondeurs. Quand je les appelle, je les entends me murmurer en réponse. Elles guident mon vol. Elles me préviennent que nous sommes sur leur seuil et que je dois franchir le pas.

Je vais aller leur parler.

XXXI : Des combats qui sont des vagues

XXXI : Des combats qui sont des vagues 5

Verset 4:1 — Des combats qui sont des vagues

Oryx retourna dans le monde de son trône. Il entra dans l'abîme et, à chaque pas qu'il faisait, il lisait l'une de ses tablettes pour qu'elles se changent en pierres sous ses pieds.

Il avança et créa un autel. Puis il prépara un embryon d'ogre et invoqua les Profondeurs :

Je vous aperçois dans le firmament. Vous êtes les vagues, ces vagues sont des combats, et ces combats sont des vagues. Venez prendre possession de ce réceptacle que j'ai créé pour vous.

Et les Profondeurs vinrent.

XXXII : Grandiose. Grandiose.

XXXII : Grandiose. Grandiose. 5

Verset 4:2 — Grandiose. Grandiose.

Oryx, mon roi, mon ami. Détends-toi. Sois apaisé. Démets cette armure, pose cette épée. Étire tes épaules, soulage-les de ton fardeau, et oublie cette nervosité. Ceci est un lieu de vie et de paix.

Partout où nous allons, nous posons une question simple et sincère. Par exemple : puis-je vous tuer ? Puis-je réduire votre monde en lambeaux ? Dis-moi la vérité. Car si je ne te pose pas cette question, quelqu'un d'autre viendra me la poser.

Et ils disent que nous sommes maléfiques. Maléfiques ! Maléfiques dans le sens : « inadaptés à la vie en société ». Mais nous sommes l'incarnation même de l'adaptation.

Ah, Oryx, comment faire pour leur expliquer ? Le monde n'est pas bâti à partir de ces lois qu'ils aiment tant. Pas sur l'amitié, mais sur l'utilité mutuelle. Pas sur la paix, mais sur la victoire à tout prix. Les rouages de l'univers sont l'extinction, l'extermination, les sursauts de rayons gamma qui embrasent un millier de mondes fertiles, les singularités rugissantes qui dévorent les soleils juvéniles. Et si la vie est le simple fait d'exister, la nécessité absolue de survivre à toute chose, cet effort ne peut pas être accompli par les sourires, mais par l'épée. Pas dans un lieu paisible, mais dans un enfer impitoyable. Pas dans un paradis artificiel d'eaux stagnantes et nauséabondes, mais dans la réalité froide, dure et autosuffisante définie par l'ultime arbitre, le seul juge, le pouvoir qui se mesure et s'alimente de lui-même. L'existence, à tout prix. Débarrassez-vous des mensonges, des trêves, des stratégies d'évitement, de toutes ces choses qu'ils nomment « civilisation », et il ne restera plus que cette forme magnifique.

Le destin de toute chose est décidé ainsi ; dans l'entrechoquement expérimental de deux praxis. C'est ainsi que le monde change. Un chemin en rencontre un autre, leurs armes se déchargent les unes contre les autres, leurs mots et leurs matériaux s'échangent, la compétition s'installe, et avec elle le désir fondamental de vouloir être quelque chose au lieu de n'être rien. C'est de cette manière que l'univers cherche à définir ce qu'il sera à la toute fin.

Et c'est grandiose. Grandiose. C'est la seule chose qui soit sincère en elle-même et avec elle-même.

C'est ce que je suis.

XXXIII : Quand les monstres rêvent-ils ?

XXXIII : Quand les monstres rêvent-ils ? 5

Verset 4:3 — Quand les monstres rêvent-ils ?

Je marche sur la route. Je vais au planétaire parler à mon père, quand j'entends soudain un bruit, et je me retourne. Mes sœurs sont derrière moi, en train de mettre en lambeaux la route. Elles portent des épées énormes, des épées de bourreau, qu'elles utilisent pour en arracher les pierres. Celles-ci sont couvertes d'inscriptions. Comme si c'étaient des tablettes. Et la terre en dessous grouille de vers.

Je dois atteindre le planétaire avant qu'elles ne me rattrapent, alors je commence à courir, mais immédiatement après, quelqu'un me fait tomber. C'est mon père, le pied levé devant lui. Il m'attrape par les cornes et me frappe la tête au sol. J'ai tellement mal que j'en vomis presque un ver.

« Pourquoi ne l'as-tu pas vu venir ? » demande mon père. Il porte des lunettes antiaveuglement, ces lunettes brillantes qu'il utilise pour protéger ses yeux pendant les orages ou les feux marins. Je me vois dans le reflet de chacun de ses trois yeux. « Ne t'es-tu jamais douté qu'elles seraient jalouses que tu puisses venir au planétaire pour me parler, et pas elles ? Ne te doutais-tu pas qu'elles comploteraient contre toi ? »

Je commence à pleurnicher comme si j'avais deux ans et je dis : papa, je croyais que tu étais mon ami et que j'étais en sécurité ici. Mais il tend simplement son poing et se met à se moquer de moi parce que je l'ai cru. Pourquoi me suis-je cru en sécurité ? Dans son poing, il tient un soleil noir. Il m'attrape par la gorge et se met à verser le soleil noir à l'intérieur de moi.

Je vois ma mâchoire dans ses lunettes ; trois reflets de ma mâchoire et de mes nombreuses dents.

Alors je commence à manger mon père. Je le dépèce de mes griffes et j'engloutis d'énormes bouts de lui. Je mange ses bras, ses jambes, ses lunettes et ses yeux, et il dit : bien, très bien, voilà qui est grandiose et sincère.

Mais mes sœurs continuent à déchirer la route et je ne sais pas comment rentrer.

XXXIV : C'est plus beau ainsi

XXXIV : C'est plus beau ainsi 15

Verset 4:4 — C'est plus beau ainsi

Je me demande parfois si je ne suis pas nihiliste.

Je ne fais pas grand-chose, si ce n'est détruire des choses. C'est ce qu'ils disent tous à propos de moi : nous pourrions être une grande civilisation s'il n'y avait pas Oryx, cette honte pour la Ruche. Ils ne croient pas à autre chose qu'à la mort.

Le seul moyen de faire quelque chose de bien consiste à créer une chose qu'il est impossible de briser. Et le seul moyen d'y parvenir est d'essayer de tout détruire.

Je me réjouis de savoir que l'univers s'articule autour de la mort. C'est plus beau ainsi.

Mais je suis perdu dans un endroit étrange.

Je pense que Savathûn et Xivu Arath cherchent à me dérober les tablettes. Elles ont dû trancher mon tribut pendant que j'étais en communion avec les Profondeurs. Je les aime tendrement. Nul n'est assez fort ou rusé pour arriver à m'abattre. Personne d'autre ne peut me confier ce don.

Il y a longtemps, j'ai tué Xivu Arath sur sa lune de guerre et elle a détruit la lune entière pour me tuer avec elle. Elle riait, débordante de joie. Je riais moi aussi. Une lune entière ! Une lune entière... Une lune gaspillée, mais cela m'a appris comment m'échapper d'un monde en pleine explosion, une capacité des plus nécessaires pour combattre l'Écoumène.

J'aime Xivu plus qu'une lune aime la marée. Je vais la tuer pour ce qu'elle a fait. Je vais la tuer sans cesse, jusqu'à la fin de l'éternité.

Quand je rentrerai de mon errance dans les Profondeurs et quand je reprendrai mon trône, je ferai des enfants. C'est ce dont j'ai besoin.

Des fils et des filles à aimer et à tuer.

XXXV : Cet amour s'exprime dans la guerre

XXXV : Cet amour s'exprime dans la guerre 15

Verset 4:5 — Cet amour s'exprime dans la guerre

Xivu à propos d'Oryx —
Proféré par Xivu Arath —
Sœur d'Oryx —

TRAHISON. Nous avons abandonné Oryx dans les Profondeurs. Il s'agit de notre obligation en tant que seigneurs de la Ruche. Nous devons mener la guerre les uns contre les autres, pour éradiquer notre faiblesse et nous renforcer mutuellement.

OBLIGATIONS. J'ai autrefois autorisé Oryx à me tuer pour qu'il puisse acquérir la logique de l'épée et triompher d'Akka, notre dieu. En conséquence, je me suis retrouvée prisonnière de mon trône. Mais Oryx, mon frère, a mené la guerre contre l'Écoumène, et il m'a évoquée, car je suis la guerre. Ainsi ai-je été ressuscitée.

RÉSURRECTION. Savathûn et moi avons manigancé pour abandonner Oryx pendant son expédition. Mais je suis secrètement convaincue que je serai plus forte si je dois mener bataille contre Oryx. Ainsi je l'évoque.

UNE ÉVOCATION D'ORYX.

Quand Oryx vous fixe des yeux, vous avez le sentiment que vous allez disparaître s'il détourne le regard.

La crête du crâne d'Oryx est aussi longue qu'un bras. Au fil de son existence, une pensée se déplace d'un bout à l'autre. Sur sa crête, j'ai tracé une ligne avec mon sang, pour qu'il se souvienne de moi.

Chacune des griffes d'Oryx a la précision d'un doigt et l'acuité d'un œil.

Bien qu'il soit né au plus profond du cosmos et qu'il ait appris à s'enfouir, Oryx s'est vu pousser des ailes. L'éclat d'un feu hors de contrôle les traverse. Oryx enseigne, mais ne veut pas se laisser enseigner.

Le corps d'Oryx est noué de force. Ses tendons et ses muscles sont aussi puissants que ses enfants et ses enfants sont sa force.

Oryx porte un habit de soie de ver, fait de la membrane des dieux.

La voix d'Oryx est capable de faire que deux nombres différents deviennent égaux.

Oryx, mon frère, est l'être le plus brave que je connaisse. Dans le Principe, il découvrit que nous étions les proies les plus évidentes de l'univers, ses entités les plus fragiles et les plus désespérées. Ayant réfléchi longuement à ce problème, il trouva un moyen de le régler. Il fit de nous des êtres puissants. Il nous guidera vers l'éternité.

Mon frère Oryx m'aime. Et cet amour s'exprime dans la guerre.

XXXVI : Le Dévoreur d'espoir

XXXVI : Le Dévoreur d'espoir 10

Verset 4:6 — Le Dévoreur d'espoir

Tu es mon fils, Cropta. Bienvenue.

Je me suis battu durement pour fuir les enfers et te concevoir. J'ai affronté mes sœurs traîtresses et le corps grouillant d'Akka, et je suis rentré à force de déchirures auprès de ma cour, le Conseil de guerre, pour découvrir que mon trône avait été usurpé. Autrefois, j'avais fait la guerre à Savathûn et tranché son tribut pour qu'elle ne puisse jamais me défier. Autrefois, j'avais dupé Xivu Arath et empoisonné son tribut pour qu'elle n'essaie jamais de s'approprier mes tablettes. Autrefois, j'avais organisé mon propre héritage de telle sorte qu'il devienne le plus grand de tous les clans de la Ruche. J'avais enfin sécurisé mon trône, puis trouvé une mère pour créer ma progéniture.

Tu es l'une de ces progénitures.

Ta vie sera un combat elle aussi. Pour t'asseoir au Conseil de guerre, tu devras le mériter. Je ne te donnerai rien... à l'exception de cette épée, ta première épée, et de ce nom que j'ai préparé pour toi.

Nous menons une guerre contre les faux espoirs, Cropta. Nous pourchassons un dieu nommé le Voyageur, un dieu bonimenteur qui pousse les formes de vie jeunes à construire des foyers pour lui. Mais ces foyers ne sont pas sûrs, car ils ne peuvent résister à nous, la Ruche. Ces foyers sont des pièges, car ils détournent les jeunes formes de vie des épées et de la voracité, qui sont les seuls moyens de survie et d'ascension.

Ce n'est que le jour où le Voyageur sera éteint que l'univers pourra librement se réorganiser et adopter, par la force impitoyable de la compétition, sa forme ultime et parfaite, qui ne dépendra d'aucune autre chose que d'elle-même.

Ainsi je te donne le nom de Cropta, le Dévoreur d'espoir.

J'ai fait un serment, Cropta, mon fils. Un serment contre cette maudite Taox. Celui-là, je ne te le transmettrai pas. C'est à moi, ton père, de l'endosser.

Allons trouver tes oncles et tes tantes.

XXXVII : Formes : points

XXXVII : Formes : points 10

Verset 4:7 — Formes : points

Regarde-toi !

Tu as bien grandi, ma fille, et tu es déjà une prêtresse. Suis-je vraiment parti si longtemps ? Tu es devenue Ir Anûk, et Savathûn, dans un gloussement, envie ta magnificence. Tu as écrit onze axiomes décrivant les lieux ascendants, le monde de notre trône. Tu as annoncé que tu allais tuer l'un de ces axiomes, comme Akka tuerait la vérité, et qu'en revêtant Akka, tu allais atteindre le statut de dieu, comme moi.

Si tu tentes de le faire, je te tuerai peut-être, ou bien je t'applaudirai. Je te félicite. Pour fêter cela, je t'ai apporté cet acide amer.

Et toi, Ir Halak, tu es devenue une prêtresse également, comme cela se passe avec les jumelles. J'étais avec Xivu Arath, qui se plaignait que tu avais écrit un chant et que tu l'avais chanté dans le monde de son trône, tuant ainsi tous ceux qui l'écoutaient de manière irrévocable, si je puis dire. Les chants remplaceront-ils nos épées et nos détonations ?

Qu'as-tu fabriqué pour moi ? Une dent taillée dans la forme de la mort ! Je la garderai dans ma bouche. Qu'as-tu écrit pour moi ? C'est la trajectoire du vaisseau-conscience Nicha ! Je vais le traquer.

Je vous ai engendrées en coupant une larve en deux. Cela ne l'a pas tuée. Chaque moitié est devenue l'une d'entre vous. Mon épée est nommée Briseur de volonté, mais elle ne vous a pas brisées.

XXXVIII : S'extraire de la mort

XXXVIII : S'extraire de la mort 10

Verset 4:8 — S'extraire de la mort

Un jour, Oryx décida de se laisser pousser de nouvelles ailes. Alors qu'il luttait avec son ver, il découvrit ses jumelles, mourantes, dans une blessure entre les mondes.

« Où allez-vous, mes filles ? » demanda-t-il. Il craignait qu'Ir Halak et Ir Anûk tentent d'aller dans les Profondeurs, où les tablettes de la ruine n'autorisaient l'accès qu'à Oryx.

Elles dirent : « Nous nous mourons, père. Nous le ferons autant de fois qu'il le faudra. »

« C'est adorablement précoce. » Oryx battit de ses nouvelles ailes. « Mais pourquoi ? »

« Nous envisageons une méthode permettant aux âmes ascendantes d'être détachées et intégrées dans une thanatosphère tautologique et autonome à laquelle nous avons donné le nom temporaire d'Âme suprême. Les Âmes suprêmes peuvent être entreposées dans un monde du trône pour y être utilisées comme mécanisme de résistance renforcé contre la mort. Un effet secondaire notable pourrait être la sophistication de notre Chant de la Mort, nous permettant ainsi de nous approcher au plus près d'une impulsion de mort paracausale fonctionnelle dans la majorité des cas. »

Oryx brandit son épée. « Parlez la langue royale, ou j'ordonnerai à Eir de venir vous dévorer. »

« Si nous parvenons à séparer notre mort de nous-mêmes, et à cacher cette mort, nous serons très difficiles à tuer. »

Oryx alla trouver son fils, Cropta, et lui dit : « Garde un œil sur tes sœurs. D'elles, tu apprendras la fourberie. »

Mais pendant qu'Oryx était parti en voyage pour observer les Profondeurs détruire un monde fortifié ancestral, Cropta manigança avec ses sœurs pour apprendre leurs secrets. « Je veux moi aussi créer une blessure », dit-il. Avec son épée, Cropta perça une nouvelle blessure dans un nouvel espace. Il espérait découvrir là la source d'un pouvoir secret.

Des machines nommées les Vex surgirent de cette plaie. Elles envahirent le monde du trône d'Oryx.

XXXIX : Ouvre l'œil, pénètres-y

XXXIX : Ouvre l'œil, pénètres-y 10

Verset 4:9 — Ouvre l'œil, pénètres-y

Les Vex s'affairaient bruyamment à construire d'énormes problèmes. Au début, leurs constructions étaient insensées, car ils ne comprenaient pas la logique de l'épée qui définissait toutes les règles du monde du trône d'Oryx. Sa géométrie les laissait perplexes.

« Je vais les trancher en deux », dit Cropta. Mais au même moment, un rituel vex de pensée supérieure engendra un nouvel Esprit, nommé Quria, Clairvoyant de l'épée. Quria déduisit la logique de l'épée.

Je dois tuer tout le monde, conclut Quria. Seulement là je deviendrai tout-puissant.

Le portail de Cropta commença à cracher des guerriers vex, d'imposantes machines de cuivre. Il se précipita pour les affronter, mais ils disparaissaient et réapparaissaient en un clin d'œil. Ayant réussi à fuir Cropta, ils tuèrent deux mille des Acolytes d'Oryx et dix mille de ses Esclaves. Par la force du massacre, ils avaient affirmé leur puissance dans ce monde.

Ir Halak dit : « Venez, mes sœurs prêtresses. Nous avons besoin de vous. » Ir Anûk arracha une épée stellaire du firmament. Les prêtresses la chargèrent d'un pouvoir meurtrier et fabriquèrent un Mât annihilateur, qu'elles utilisèrent pour écraser les Vex.

Anûk ordonna : « Referme la plaie, Cropta, mon frère. Nous trouverons un moyen ingénieux de les détruire, mais pour cela, il faut d'abord les empêcher de construire leurs problèmes chez nous. »

Mais Quria s'était établi de l'autre côté du portail et avait construit un rempart pour le maintenir ouvert. Son objectif était d'exploiter la physique paracausale du trône d'Oryx pour accéder à l'état de divinité. Il initia une série d'invasions expérimentales.

Pendant des siècles, en temps local, la fratrie affronta les Vex. Quand ils pénétraient dans le monde de l'épée, les Vex étaient inévitablement éradiqués, mais quand la Ruche s'aventurait en territoire vex, elle était tellement affaiblie qu'elle ne pouvait triompher d'eux.

« Notre père va dévorer nos âmes », soupira Halak.

Quria captura quelques larves de vers, sur lesquelles il lança des expériences. Rapidement, Quria, Clairvoyant de l'épée, manifesta des stratégies d'ordre religieux. En détournant le culte vers les vers, Quria découvrit qu'il pouvait altérer la réalité, non sans certains effets ontopathogènes. Efficace comme la machine qu'il était, Quria fabriqua un ordre de prêtres et ordonna à tous ses Esprits inférieurs d'adhérer à ce nouveau culte. Il s'employa ensuite à enlever et tuer tous les organismes dangereux afin de réussir à s'élever à l'état de divinité de la Ruche. Pour des raisons liées à sa condition de Vex, Quria ne parvint pas à introduire les larves de vers dans son fluide cérébral.

Savathûn riait, car elle avait dupé Cropta pour qu'il ouvre cette blessure.

Cela attira l'attention de notre ver divin. ORYX, entonna Eir. METS DE L'ORDRE DANS TON CLAN.

XL : Un empereur paré à toutes les issues

XL : Un empereur paré à toutes les issues 10

Verset 4:10 — Un empereur paré à toutes les issues

Oryx se précipita dans son domaine et lut les tablettes de la ruine. Il plaça certains des Vex dans les blessures pour qu'ils soient corrompus par le pouvoir des Profondeurs. Ainsi, il dressa les Vex les uns contre les autres. Quria tenta d'élaborer des stratégies, mais aucune d'entre elles ne fonctionna. Oryx écrasa tous les Vex dans son trône.

Oryx pensa qu'il lui fallait étudier la géométrie, à l'image des Vex, car elle était la cartographie des formes parfaites. Mais d'abord, il devait punir l'imperfection.

« Mon fils, dit-il, ceci est ta punition. Reviens chez toi couvert de gloire, ou meurs et sois oublié à jamais !» Il attrapa Cropta par les jambes et le lança dans le réseau de portails des Vex.

Cropta traversa l'histoire, fort de nombreuses batailles qui firent de lui un démon légendaire. Lors des premiers siècles, il lui arrivait régulièrement d'épargner quelques victimes pour entendre des jurons et des protestations à l'encontre de son père. Il finit par comprendre Oryx, puis s'employa à construire des temples et des monuments partout où il allait.

Pendant ce temps, Oryx s'inquiétait des Vex. « J'ai trouvé un ennemi à ma hauteur, disait-il. Ils veulent vivre éternellement, tout comme moi. Mais je n'arrive pas à les comprendre. »

À cet instant, son ver commença à le ronger, car il fallait absolument qu'il comprenne.

Il demanda à Savathûn de le retrouver dans le monde matériel. Elle lui dit que les Vex travaillent sans relâche pour comprendre absolument tout, afin qu'ils puissent assurer leur victoire, quel que soit l'état final de l'univers.

« Alors je dois m'améliorer en tant que roi, dit Oryx. S'ils veulent fabriquer un empereur paré à toutes les issues, alors je deviendrai le roi d'une seule d'entre elles. Je suivrai les Profondeurs partout où elles iront et je documenterai leur pouvoir. Nous créerons un catalogue des mondes défunts et nous en ferons la carte qui nous guidera jusqu'à la victoire. »

Oryx savait que toutes les vies pouvaient être décrites en tant qu'automates cellulaires, à l'exception des formes de vies qui comprenaient les Profondeurs ou le Firmament et échappaient ainsi à la causalité.

Par amour pour son frère, amour aussi fort que le désir de le tuer, Savathûn confia un secret à Xivu Arath. « Écoute-moi, Xivu. Le monde du trône d'Oryx a été compromis. Voici l'endroit à partir duquel tu peux le couper pour l'envahir. » Et Xivu Arath commença à élaborer une embuscade.

Mais Oryx était bien trop rusé. Le Roi des Corrompus dit à sa cour, le Conseil de guerre : « Le monde de mon trône est vulnérable. Je vais le déplacer. »

« Où donc ? » demanda Kagoor, la Fendeuse de mondes.

« Dans un Cuirassé imprenable, répondit Oryx. Je protégerai mon fabuleux univers mental à l'intérieur d'un navire de guerre titanesque. »

XLI : Le Cuirassé

XLI : Le Cuirassé 10

Verset 4:11 — Le Cuirassé

Pour fabriquer son vaisseau, Oryx tailla un morceau d'Akka, qui était mort mais loin d'être disparu pour autant. Il déroba le marteau de Xivu Arath et le scalpel de Savathûn, et composa le blindage funeste de son vaisseau.

Quand Oryx eut achevé son Cuirassé, il retourna de l'intérieur vers l'extérieur le monde de son trône pour qu'il s'écoule dans l'espace physique du vaisseau. Son Cuirassé et son péché devenaient attenants et alliés : le vaisseau était à l'intérieur du trône d'Oryx, mais le trône d'Oryx était le Cuirassé. Aiat !

Pour cela, un verset des tablettes de la ruine était nécessaire. La cour entière unit ses forces pour retourner le trône d'Oryx. C'était un jour de violence euphorique, que la progéniture d'Oryx célèbre en tant que fête, le Jour de l'Éversion, au cours duquel ils retournent les choses de l'intérieur vers l'extérieur.

Oryx dit :

Partez dans le cosmos, ma cour.
Obtenez des tributs et envoyez-les vers mon vaisseau.
Lorsque je vous appellerai, suivez ces tributs jusqu'à ma cour.
Je me préparerai à de longs voyages — [Je suis Savathûn, la trompeuse]
Vers la guerre — [J'ai griffonné ce message pour toi]
Vers les Profondeurs — [Ces tomes sont truffés de mensonges !]

Par ses mouvements des plus agiles, le trône d'Oryx était désormais protégé de toute incursion.

Oryx attaqua la Flottille invincible d'Harmonie qui défendait le vaisseau-conscience Nicha. Quand la Flottille encercla le Cuirassé, Oryx planta son épée dans la coque et puisa dans le pouvoir des Profondeurs (et des ingénieux systèmes conçus par ses filles) pour projeter le monde de son trône dans la réalité concrète.

Du haut de sa rage et de son assurance, il submergea le vide spatial d'un œuf de son trône. Il enfla comme une étoile mourante et écrasa la Flottille invincible d'Harmonie. Oryx brisa le mot qui était au cœur de ce nom.

Dans le vaisseau-conscience Nicha, Oryx espérait découvrir l'emplacement du Mât du don, qui avait été laissé derrière lui par le Voyageur. Il voulait le dévorer.

Mais le vaisseau-conscience était un piège. À bord se trouvait Quria, Clairvoyant de l'épée.

XLII : <>|<>|<>

XLII : <>|<>|<> 10

Verset 5:0 — <>|<>|<>

<interdire>|<simuler>|<vénérer>

Je vais te tuer. Je vais assaisonner ma viande avec les miettes saumâtres de ta pensée. Je vais griller de la chair sur ta carapace fondue.

<insinuer>|<corrompre>|<répliquer>

Ce vaisseau est mon trône. Tu veux me le dérober. Tu veux y insérer ta propre engeance et l'utiliser pour tes propres ambitions abstraites. Mais je te mets au défi.

<observer>!<imiter>!<usurper>

Tu ne deviendras jamais ce que je suis. Vas-y ! Crée une simulation de moi-même, misérable. Calcule les métamorphoses de mon essence divine. Ordonne la mort pour modeler la forme de mon trône. Mesure mon ombre sur les pierres tombales de milliers de mondes disparus ! Mais rien de tout cela ne suffira. Je détiens les tablettes de la ruine. Je m'entretiens avec les Profondeurs. Une galaxie entière d'esprits ne permettrait même pas de dessiner les contours de ce que je suis. Admire-moi !

<inconnu>|<énigme>|<pénurie>

<annuler>!<arrêter>!<annuler>

XLIII&#160;: Fin d&#39;une vaine chronologie

XLIII : Fin d'une vaine chronologie 10

Verset 5:1 — Fin d'une vaine chronologie

Quria a sûrement compris que toute victoire est impossible.

Le monde gisant à l'intérieur du vaisseau d'Oryx a quelque chose de pathologique. Il résiste avec une rage bouillonnante à toute tentative d'analyse. Quant à Oryx, il est irréductible. Il refuse d'obéir aux simulations de Quria, il sème le chaos partout où il s'écrase, il s'approprie les esprits inférieurs et les corrompt à l'aide d'une sorte d'arme ontologique. Ce fonctionnement paracausal est des plus problématiques.

Quria tente une approche religieuse, déduite de la diversité de la Ruche. Même en ces termes, Oryx résiste lourdement. Quria n'arrivera pas à protéger l'accès plus longtemps.

La simulation la plus précise d'Oryx produite par Quria n'est elle-même qu'une amorce d'idée. Quria sait qu'elle est fausse, qu'elle ne représente qu'un Oryx sans son organisme symbiotique, sans ses ailes et sa métamorphie, sans son arme... Sans sa puissance. Un résultat vain.

Mais Quria lance tout de même la simulation, par pure curiosité.

Le Roi des Corrompus s'insère dans la carapace d'Hydre de Quria, armé de sa lame et de sa magie, vêtu d'un tissu ancien, et l'univers gémit d'horreur autour de lui. Les modèles physiques et les mondes expérimentaux de Quria se paralysent et meurent.

Avec prudence et attention, Quria regarde un quark se scinder en deux au contact du bout de l'épée d'Oryx.

Dans la carapace d'Hydre, la simulation manquée d'Oryx prend la parole. « Qu'es-tu ? » dit-elle. Elle trahit une stupeur mêlée d'admiration.

Le regard d'Oryx scintille d'une curiosité qui, par isomorphisme, est tissée de haine, d'une faim vorace. « Aurash, dit-il dans la langue de la Ruche. Tu m'as créé tel que j'étais. Tu as engendré un petit Aurash. Ha ! »

Quria met à jour le nom de la simulation. Aurash est curieux : « Es-tu moi-même ? Es-tu ce que je deviens ?»

Oryx s'agenouille. Son épée est sur son épaule gauche. Quria lui tire dessus avec toutes les armes à sa disposition, mais son bouclier protecteur résiste. À travers les tirs incessants, il examine les capteurs de Quria et dit : « Mon enfant, j'ai tout ce que tu cherches. Je suis immortel. Je connais les grands secrets de l'univers. J'ai exploré la bordure des Ténèbres et j'ai pourchassé le dieu mensonger à travers les bras des galaxies et leurs lunes gémissantes. Je porte dans mon poing le pouvoir secret qui gouvernera l'éternité. Dans mon ver, je détiens le tribut de ma cour et de mes enfants : le Dévoreur d'espoir, la Tisseuse et la Démêleuse. Fort de ce tribut, j'écrase mes proies. Je suis Oryx, le Roi des Corrompus, et je suis tout-puissant. »

Quria prélève un échantillon du cortex de Taox, retrouvé dans le portail de l'Écoumène. Il y trouve des noms utiles. Il les introduit dans la simulation.

« Et mes filles ? demande Aurash à son lui futur. Sathona ? Xi Ro ? Sont-elles avec toi ? 

Les griffes du Roi des Corrompus émettent une lueur. Il siffle, ou peut-être est-ce un rire.

Quria interrompt ses tirs et réaffecte toutes ses ressources pour envoyer des données télémétriques vers le Vex le plus grand. À un autre endroit de l'espace et du temps, ces données seront vitales. D'autres projets seront lancés pour tenter d'étudier ce pouvoir ontologique, cette dimension faite trône.

« Où sont mes filles ? crie Aurash. Qu'as-tu fait de mon peuple ? Qu'as-tu fait ? »

Mais le poing d'Oryx déborde de feu obscur et, l'instant d'après, Quria est plongé dans une lumière digne des étoiles.

XLIV&#160;: Preuve absolue et &#233;ternelle

XLIV : Preuve absolue et éternelle 10

Verset 5:2 — Preuve absolue et éternelle

« J'ai un présent pour toi », dit Oryx.

Savathûn, Reine-sorcière, le regarde avec une méfiance froide. « Est-ce la logique de l'épée dont j'ai besoin pour aller dans les Profondeurs et me saisir de ton pouvoir ? »

Leurs échos se déplacent dans les lunes de guerre et marchent ensemble sur la coque d'un vaisseau vieux de deux mille ans. La flotte de Savathûn s'est assemblée ici pour préparer l'assaut du Mât du don. Les Profondeurs approchent. Elles sont sur la trace de leur proie et la Ruche en sera l'avant-garde.

« J'ai capturé un Vex. Quria, Clairvoyant de l'épée. Il a tenté de percer mon trône. J'ai pensé que tu aimerais l'étudier. » Oryx fait une pause, le temps de digérer. Par le lien qu'il entretient avec son héritier Cropta, il peut percevoir les meurtres qu'il commet dans les mondes lointains, et le repas est des plus généreux. « Quria détient une simulation de moi-même, tout du moins une tentative opérée par les Vex. Il pourrait réussir à en générer d'autres. De toi, par exemple, ou de Xivu Arath. Je lui ai laissé un peu de sa volonté pour qu'il puisse tout de même te surprendre. »

« J'imagine qu'elle va exploser et me tuer, peste Savathûn. Ou laisser les machines prendre mon trône, pour qu'elles commencent à tout changer en horloges et en verre. »

« Si cette chose te tue, c'est que tu as mérité de mourir », dit Oryx non sans dissimuler une certaine satisfaction, car la vérité est toujours bonne à dire.

« Je n'ai pas de preuve absolue pour l'instant. » Savathûn caresse le vide de sa longue griffe, faisant grogner l'espace-temps. « Cette chose en laquelle nous croyons, que nous allons libérer l'univers en le dévorant, que nous allons éradiquer les moisissures, que nous allons rejoindre la forme ultime... Je n'en ai pas encore trouvé de preuve absolue et éternelle. Et si nous avions tort ? »

Oryx la regarde et, pendant un instant, un court instant, il se sent gagné par la nostalgie. Il se dit : repense aux années passées et à tout ce que nous avons accompli. Pourtant, je ne ressens pas la vieillesse comme une blessure. Je ne me sens pas abattu. Je me sens bien en vie, bien en vie avec toi, et à chaque fois que je quitte mon trône pour retourner dans ce monde, j'ai l'impression d'avoir à nouveau deux ans, quand j'étais au fin fond de l'univers, le regard tourné vers le firmament.

Mais, dit-il : « Ma sœur, nous sommes cette preuve. La Ruche est la preuve. Si nous vivons éternellement, nous le prouverons, et si une chose plus cruelle nous conquiert, alors la preuve sera scellée. »

Elle le regarde de nouveau, les yeux ardents. « J'aime cette idée, dit-elle. C'est élégant. » Mais, bien sûr, elle avait déjà songé à cela auparavant.

XLV&#160;: Je les mettrai tous en prison

XLV : Je les mettrai tous en prison 10

Verset 5:3 — Je les mettrai tous en prison

Proie et sacrifice —
Prononcé par Xivu Arath —
Déesse de la guerre —

HARMONIE. Quand le Voyageur traversa Harmonie, il recouvrit l'orbite de dix mondes. Désormais, ils tournent autour du trou noir. Le Voyageur couvrit le disque d'accrétion pour donner à ces mondes une lumière nourricière.

LE MÂT DU DON. Quand le Voyageur quitta Harmonie, il construisit un monument à partir du jet polaire du trou noir. Dans le jet se trouve un mât creux qui émet un chant rayonnant. C'est le Mât du don, et nous le dévorerons. Nous en dévorerons le Firmament et nous le casserons comme un os.

L'AIGUILLE D'HARMONIE. Harmonie a transformé son étoile morte en arme. Elle peut stimuler le disque d'accrétion pour qu'il projette des jets de plasma relativiste. Nous prendrons l'Aiguille. Nous l'utiliserons pour brûler leurs mondes. Le premier Ascendant à tuer un monde recevra en récompense un temple du tribut !

ORYX. Je pourrai me nourrir du Mât du don ! Je l'aurai en premier ! Je suis Xivu Arath et toutes les guerres sont mon temple. Méfiez-vous des filles d'Oryx, car elles sont capables de faire et de défaire avec aisance.

SAVATHÛN. La sœur traîtresse sera distraite par les arcanes et le chant du trou noir. Traitez ses engeances avec mépris.

LE VOYAGEUR. Nous le pourchassons et nous le dévorerons. Les Profondeurs gouverneront le cosmos.

LES DRAGONS. Nos dieux n'appartiennent qu'à nous. Leur liberté chargée de suffisance est une insulte à mes yeux. Je les mettrai tous en prison. Apportez-les-moi !

XLVI&#160;: Le M&#226;t du don

XLVI : Le Mât du don 10

Verset 5:4 — Le Mât du don

Le Mât du don !

Il domine ce système solaire comme un monument à la trahison. Il brille d'une lumière argentée. Il diffuse une berceuse faite de mensonges apaisants.

Dans sa lumière se trouve Harmonie. Ceux qui s'y trouvent sont notre proie.

Arrive d'abord Xivu Arath, à la tête de son armada. Elle combat Harmonie pendant cinquante ans avec stratégie et discipline. Mais Harmonie en appelle à ses dragons, et ses prêcheurs idéalistes affrontent Xivu dans le monde ascendant.

Xivu est dans l'impasse.

Arrive ensuite Savathûn, entourée de son chœur et de ses célébrants. Ils entrent dans Ana-Harmonie sous couvert de déguisement pour disséquer ces dragons. Le ver, notre dieu, rit.

Pendant un siècle, Savathûn organise des assemblées secrètes dans Harmonie.

Mais avant toute chose, il y a Oryx, dont la progéniture prospéra dans les recoins secrets des débris du disque d'accrétion. Le Premier Navigateur projette roches et comètes sur les mondes d'Harmonie pour semer le chaos dans sa flotte. Il y envoie des épandeurs pour disséminer sa progéniture.

Ici, au milieu du cinquième livre, la Ruche est devenue si puissante qu'elle a presque annihilé toute trace des vies mensongères.

Xivu Arath tue les prêcheurs idéalistes, Savathûn prépare un grand dessein secret, et la cour d'Oryx anéantit le Mât du don. Les peuples d'Harmonie gémissent de terreur et se jettent dans les lacs d'argent d'Ana-Harmonie pour se noyer.

« Venez, dit Oryx. Dévorez le Mât du don, car je suis un dieu généreux. Je ne prendrai que deux de ses fragments sur cinq. »

Le Mât est rempli de la Lumière du Voyageur, il est plein du goût de moelle du Firmament. Tous ceux qui en mangent sont remplis de la certitude réjouissante qu'ils servent une cause grande et nécessaire.

Puis Savathûn dit : « Ma chère fratrie, écoutez-moi, nous devons nous séparer pendant un temps, afin que nous puissions nous différencier. » Elle projette ses lunes de guerre dans le trou noir. Son trône s'éloigne.

Xivu Arath dit : « Roi Oryx, vous prenez trop de place, votre pouvoir empêche beaucoup trop de possibilités. Je dois m'éloigner de vous. » Elle projette ses lunes de guerre dans la nuit. Son trône est cadenassé.

Puis Oryx reste seul. Il plonge longuement dans ses pensées, et ce sont ces pensées qui sont rapportées ici.

XLVII&#160;: Refrains de l&#39;apocalypse

XLVII : Refrains de l'apocalypse 15

Verset 5:5 — Refrains de l'apocalypse

Ceci est notre message aux choses que nous allons tuer.

Une espèce qui croit qu'il est possible d'inventer une existence saine par le jeu de la civilisation et des règles de conduite est condamnée. Elle finira par mourir dans la terreur. Ceux qui piétinent la loi et les règles les entraîneront vers la ruine. L'univers effacera leurs monuments.

Mais une espèce qui entreprend de comprendre la seule loi véritable, et qui vénère cette loi, gagne par cette décision le contrôle de son avenir. Elle obtiendra l'espoir de l'ascendance et, par sa cruauté impitoyable, elle assistera l'univers dans son avancée vers la forme parfaite.

Éradiquer de nos esprits la clémence envers les faibles sera l'unique moyen pour nous de nous élever et de devenir éternels. Ceci est inévitable. L'univers n'offre qu'un seul choix : celui entre la cruauté et l'extinction.

Nous nous dressons contre le mensonge fatal selon lequel un monde bâti d'après des règles de conduite résistera aux actes de ceux qui sont pleinement libres. C'est là tout l'esclavagisme du Voyageur, le crime de la création, où les efforts sont gaspillés dans la construction de formes mensongères.

Si vous décidez de nous combattre, combattez-nous sans retenue, employez toutes vos lois et vos règles. Nous vous prouverons alors que nous avons raison.

XLVIII&#160;: Aiat, aiat, aiat, aiat, aiat

XLVIII : Aiat, aiat, aiat, aiat, aiat 15

Verset 5:6 — Aiat, aiat, aiat, aiat, aiat

Tout va bien. Aiat : ce qui est en guerre est sain, ce qui est en paix est malade.

Mon fils Cropta me nourrit généreusement. Mon héritage est puissant, mon ver est grand et repu, et grâce à cette sécurité, je peux me consacrer pleinement à l'étude et à la communion avec les Profondeurs. Plus j'apprends de secrets, plus ma force grandit. Plus ma force grandit, plus je suis capable d'apprendre de secrets. Aiat : c'est ainsi que les choses doivent être.

Je me demande si mes sœurs ont des secrets. Si ma force en venait à dépasser la leur, je pourrais les tuer définitivement et absorber leurs trônes. Mais je pense que quand je n'étais pas là pour les voir, elles ont développé un pouvoir qu'elles me cachent encore. Aiat : on ne peut établir de lien concret qu'avec ce qu'on cherche à détruire.

Savathûn se demande si je suis autant un esclave des Profondeurs que mes Corrompus. Elle veut savoir à quel prix j'ai obtenu mon pouvoir. Je ne suis pas un Corrompu. La Ruche n'appartient pas aux Profondeurs. Les Profondeurs ne veulent pas que tout se ressemble : elles veulent la vie, une vie puissante, une vie libre qui n'a pas besoin de suivre un ensemble de règles qui l'isolent de la réalité. Quand je crée mes Corrompus, je les rapproche de la perfection, je guéris leurs blessures et j'amplifie leurs forces. C'est une bonne chose. Aiat : la seule vérité est l'existence, la seule erreur est l'inexistence.

Je suis Oryx, le Premier Navigateur, le Roi des Corrompus. Aiat : laissez-moi être ce que je suis, car toute autre chose pourrait être fatale.

XLIX&#160;: L&#39;&#233;ternit&#233; et cette lame

XLIX : L'éternité et cette lame 15

Verset 5:7 — L'éternité et cette lame

J'ai pensé retourner dans le Principe, pour savoir ce qu'il était advenu de la Mère de toutes les vagues, des Monolithes de Tungstène, et des continents qui composaient les restes du foyer originel de mon peuple.

Mais je sais ce que tout cela est devenu : moi-même. Je suis l'héritier du Principe, le descendant immortel de ces larves qui ne vivaient que dix ans. Je m'étais posé la question : comment peut-on vivre assez longtemps pour comprendre l'univers dans lequel nous sommes ?

J'ai trouvé la réponse. Elle est écrite dans ce livre. Cette réponse est que je devais devenir le plus impitoyable de tous.

J'ignore d'où viennent les Profondeurs, je veux dire les Ténèbres, ou le Voyageur que je pourchasse. Mais je finirai par le savoir. Je l'apprendrai.

Ceci est mon héritage, mon domaine : l'éternité, l'infini, l'univers qui gît entier sous mon épée. Je gouverne l'éternité et cette lame.

L&#160;: &#192; manger aux vers

L : À manger aux vers 15

Verset 5:8 — À manger aux vers

Qu'arrivera-t-il si je meurs ?

En grand allié de la mort, je me plais à y réfléchir. Mes filles étudient la quiddité de la mort, mon fils s'exerce à résider dans celle-ci, et mon projet, en définitive, est d'en devenir le synonyme, de mourir et de vivre dans la mort ; s'il ne doit plus rien rester de l'univers, je ferai partie de ce rien. Il est bien plus satisfaisant de connaître une fin heureuse dans un univers de sauvagerie que de demeurer sans espoir dans un univers heureux.

Je suis mort à de nombreuses reprises, mais ces morts n'étaient que temporaires.

Si mes échos sont détruits, si l'on me détruit dans le monde physique, alors je serai ramené à mon trône, le Cuirassé. Si ma cour et mon trône peuvent être vaincus, si l'on m'affronte sur mon trône, si j'y suis vaincu, alors je mourrai. Mon œuvre prendra fin.

Tel est le pacte auquel je suis lié, par mon étude des tablettes de la ruine et par mon emploi du pouvoir des Profondeurs. Lorsque je fais appel à ce pouvoir, c'est moi, c'est mon âme que je mets en jeu. C'est ainsi que je déclare aux dieux que je suis l'être le plus puissant, et c'est ainsi que je le prouve.

Dernièrement, j'ai réalisé à quel point je dépends de Cropta et de mes filles, et même de ma cour. Si je devais les perdre, l'enjeu excéderait mes gains et mon tribut ne suffirait pas à nourrir mon ver. Mais cela me convient. Je ne le perdrai que s'ils ne sont pas suffisamment forts, ce qui ferait de moi un mauvais père et un mauvais roi. Je dois les mettre à l'épreuve et les combattre pour entretenir leur force. Tel est mon fardeau.

Je poursuivrai éternellement. Je comprendrai toutes choses. Il n'existe qu'une seule voie et c'est celle que l'on trace soi-même. Mais l'on peut tracer plus d'une voie.

Brisez les barreaux de votre cellule. Créez une forme nouvelle, créez la forme à partir de sa voie, trouvez les barreaux de votre cellule, brisez les barreaux, trouvez une forme, créez la forme à partir de sa voie, dévorez la Lumière, dévorez la voie.

Et si j'échoue, donnez-moi à manger aux vers.